17/06/2013
14/06/2013
Un virage - Novapost
14 jui 2013 - 09:00
Aujourd'hui, c'est mon dernier jour chez DEV 1.0. J'y aurai passé 3 ans environ, au sein d'une équipe soudée, de qualité, et dans laquelle j'ai passé de très bon moments.
Du bon café, un patron plutôt en phase avec mes convictions, une certaine décontraction auprès de certains clients, des projets variés... Tout aurait pu continuer sur ces roulettes assez bien huilées.
Mais...
Mais il y a quelques semaines, j'ai été contacté par Novapost, parce qu'un poste de développeur web s'y ouvrait ; en Python et Django, sur une pile logicielle qui dépote, avec des challenges intéressants. Quant à l'équipe, je la connais (en totalité, il me semble) - ce sont des piliers de la communauté Django francophone.
Ça paraît attrayant, tout ça.
Entendons-nous bien, mon travail chez Dev 1.0 n'était pas le bagne ou la galère. Pour être juste, l'utilisation systématique ou même systémique du langage Java pour ses développements peut se comprendre ou s'entendre. Mais je me suis toujours senti mal à l'aise dans ce langage avec lequel je dois me battre pour arriver à mes fins. Souvent j'ai l'impression d'être en train de raccrocher les wagons, de mettre des rustines. Beaucoup de code, trop de code, trop de scories, pas assez de concision.
Pas "zen".
Je n'ai pas franchement de reproches à faire du point de vue technique. Après tout, un algorithme reste un algorithme. On peut faire autant de choses en Java qu'en Python ou en Ruby, même.
Mais Python me sied mieux. Je me sens "chez moi" quand je fais mes blagounettes du genre Neige FR. Un script ridiculement simple me permet de générer un site statique ; je n'ai qu'à me concentrer sur son contenu. Dès que j'ai besoin d'un bidule qui trifouille des machins, le code coule sous mes doigts et j'arrive rapidement à mes fins. Et après quelques itérations, je raffine, j'améliore, j'optimise. Au final, j'ai ce que je veux : vite fait, bien fait, et sans avoir honte du code que je produis.
C'est pour toutes ces raisons que j'ai accepté l'offre de Novapost. Être développeur, c'est à dire résoudre des problèmes, c'est une oeuvre noble. Le faire avec les outils qu'on aime, à la finition impeccable, c'est une chance.
Lundi prochain, jour de mes 39 ans, je commencerai d'écrire une nouvelle page de ma carrière.
Cette page, pour l'instant blanche, est enthousiasmante mais elle a un revers angoissant. Pour la première fois, j'aurai l'opportunité de télétravailler à 100% - quelques déplacements vers la Kâpitâle sont prévus, cependant. C'est un vrai challenge de mon point de vue ; même si d'aucuns me rassurent du mieux qu'ils peuvent en me disant que j'en fais une montagne.
Dès lors, je me documente, j'essaie de m'organiser. Nous possédons un petit meuble-bureau informatique, hélas enseveli sous un bordel sans nom. Ma première mission sera d'y aménager un espace de travail pour m'y concentrer. J'ai acheté un bon casque audio pour bien m'isoler si besoin (y'a un micro, c'est pour les conférences sous mumble).
J'ai également l'intention d'aller traîner mes guêtres dans l'espace de coworking de la technopôle Izarbel, histoire de ne pas devenir Crusoë sur son île, brasser des idées, rencontrer des télétravailleurs, échanger et partager. De même, mon collègue Benoît se trouvant à proximité, je suis certain qu'il y a de quoi se synergiser.
Je n'exclus pas de me faire quelques sessions sur ma terrasse, hein, en essayant de joindre l'utile à l'agréable.
Il me faudra aussi faire une petite réserve de café en grains. Un bon carburant ça sert toujours.
À lundi.
05/05/2013
Pollens
05 mai 2013 - 12:38
Je sors de la rame, je saute littéralement les marches de l'escalier quatre à quatre pour déboucher sur un océan de lumière blafarde, vaguement empoisonnée par les rares gaz d'échappement des rares voitures roulant sur le bitume.
En courant presque, je checke une dernière fois le Dernier Statut. Sept cent millions d'humains ont du soupirer d'aise en lisant comme moi : rien à signaler. C'est loin d'être rassurant, mais au moins ce n'est pas inquiétant.
Le laboratoire ne paie pas de mine, de l'extérieur, du moins. Je slide en douceur vers le comptoir d'accueil, tendant le précieux sésame imprimé quelques heures plus tôt : un e-mail du Professeur Andreven m'autorisant à une entrevue avec lui. La secrétaire lit le papelard en mâchonnant son stylo à bille sans la moindre élégance. Elle me regarde ensuite par-dessus ses lunettes. J'ai l'air essoufflée, débraillée, en proie à une panique cosmique. Le Professeur Andreven ne donne jamais d'entrevue, il ne parle jamais à aucun journaliste. C'est tout juste s'il participe à une poignée de conférences dans l'année, en catimini et la plupart du temps via une webcam. L'email est pourtant authentique. Elle ne s'attendait peut-être pas à ce qu'une journaliste débarque à 5h30 du matin.
La secrétaire me fait mollement "gnièmétage" en me rendant le papier. Je reprends ma course dans les dédales d'escaliers et je stoppe brutalement devant la porte où seule une petite plaque en carton indique : "Jean-Bernard Andreven - Nanotechnologies". Je reprends brièvement mon souffle, je tente un recoiffage aussi imprécis qu'inutile en m'aidant de mon reflet dans la poignée de porte et je cogne trois coups brefs.
Silence.
Pas question d'attendre. J'entre.
Andreven est face à la fenêtre, dos à la porte. Tout autour de lui gravitent des multitudes de minuscules points noirs : ses créations, vraisemblablement. Je remarque en un clin d'oeil qu'un des nombreux écrans du labo est pointé sur la Dernière Webcam.
Quelques micro-robots viennent à ma rencontre en voletant nerveusement. Ça me fait flipper quelques secondes mais ils abandonnent rapidement. Je ne les intéresse pas.
"Professeur ?"
"Des années, des DÉCÉNNIES !"
"Euh... oui ?"
Il se retourne brutalement, pointant du doigt l'écran de la Dernière Webcam.
"Je leur ai dit. JE LEUR AVAIT DIT ! Mais leur vision étriquée, à court terme. Voilà où on en est, voyez ! voyez !"
Il tremble.
"Je... euh... Flore Prazier, journaliste scientifique, vous vous souvenez peut-être que..."
Il m'interrompt d'un revers de main, se dirige vers un des postes de travail qui ronronnait là. Deux clics et les insectes miniatures regagnent tous leur abri : une boîte en plastique transparent vaguement en forme de ruche, dans laquelle tout ce petit monde s'aligne en rang d'oignon. Je remarque alors que le bourdonnement a cessé, je ne m'étais même pas rendu compte à quel point ces machins volants étaient bruyants.
Il m'indique une chaise, s'assied en face de moi. Il plonge son regard dans le mien, longuement.
"Vous enregistrez ?"
"Dès que vous serez prêt."
"Je le suis. L'êtes-vous ? Êtes-vous prête à entendre le glas ?"
Je frissonne. Et j'appuie sur le petit bitoniau rouge. Il prend une grande inspiration et se lance.
"Je suis Jean-Bernard Andreven, et j'ai conçu la seule chose qui pourra sauver l'Humanité. J'imagine que vous êtes tous au courant. La Dernière Ruche de notre planète est moribonde. Les pesticides, les pluies acides, les prédateurs de tous genres ont quasiment démoli les meilleurs pollinnisateurs de la nature. Des collègues chercheurs en biotechnologies ont bien essayé d'élever des espèces génétiquement programmées pour résister aux attaques, en vain. Leurs tentatives sont vouées à l'échec. Lorsque la Reine de cette Dernière Ruche aura disparu, l'Humanité n'en aura plus pour longtemps. La pollinisation est la seule et unique assurance que la biodiversité perdure dans le monde végétal. Sans quoi nous serons soumis au diktat des firmes OGM, qui nous servent déjà des végétaux clonés indéfiniment. Quelles carences peut-on déclencher en ne se nourrissant que de la même fibre éternellement reproduite ? Nous savons tous que c'est une longue marche vers un problème de santé publique majeur. Et nous savons également qu'avec la disparition de l'agriculture pollenisée, les prix, qui ont déjà atteint des records de hauteur vont exploser. Qui pourra se payer les derniers raffinements OGM ? Toujours les mêmes. Vous le savez, aussi bien que moi, la moitié de la population est déjà menacée ; il y aura des morts de faim, il y aura des révoltes, des révolutions, des conflits. Le chaos."
Le professeur fait une courte pause. Il fait un bref aller-retour vers un clavier, tape deux commandes et un nanorobot vient se poser sur sa main.
"C'est pourquoi j'ai conçu ceci. C'est une abeille. Ou plutôt, un robot qui a toutes les fonctions de l'abeille, sans ses vulnérabilités naturelles. C'est le prix de 10 ans de recherche en nanotechnologies, des milliers d'heures de travail, et les derniers prototypes nous ont donné entière satisfaction. Ces nanoBees sont dotées d'appendices capables de polliniser n'importe quelle fleur, plante, arbre fruitier. Elles tirent leur énergie du soleil, pour partie, mais sont capables de se recharger dans leur Ruche. Oui, nous avons également conçu des Ruches permettant de stocker les nanoBees pour qu'elles se rechargent." Je fais un petit panoramique pour montrer la Ruche.
"Les nanoBees nécessitant une recharge entrent ici, et sortent par là. De sorte que ce sont toujours les robots les mieux chargés qui seront les premiers à entrer en fonction. Ces nanoBees n'ont pas de Reine. Elles travaillent sans relâche, jusqu'à leur dernier microwatt. Elles ne produisent pas de miel, certes, mais elles sont invulnérables aux pesticides et aux produits de l'industrie. Elles ne piquent ou n'agressent pas l'Homme, il n'a aucune raison de les pourchasser ou les piéger. Elles ne servent qu'une seule cause : la reproduction des espèces végétales. C'est l'avenir de l'Humanité qui est en jeu. Nous arrivons à produire des nanoBees au rythme de une par jour. Mais pour sauver... pour nous sauver tous, il nous faut accélérer cette production, un milliard de fois plus. Nous avons besoin de ces Ruches, nous avons besoin de ces nanoBees..."
Tout en me parlant, tout en s'adressant directement à ma caméra, il tremble.
"Nous poursuivons nos recherches. Nous sommes même en bonne voie pour disposer de nanoBees capables de se réparer entre elles, en cas de panne ou de détérioration. L'espoir. L'ESPOIR de notre peuple est entre nos mains. Nous n'avons plus le choix : il faut que vous nous aidiez, à présent. Les plans de ces nanoBees sont désormais disponibles, déposés dans le domaine public. Quiconque veut en fabriquer, de une à cent milliards peut le faire. Nous n'avons plus le temps de faire du profit. Nous n'avons plus le temps de profiter. Nos jours sont comptés. Faites vite."
J'attends deux minutes avant de couper l'image et le son. Je suis émue. Je comprends vraiment pourquoi Andreven a décidé de nous parler. Je me lève pour le saluer, je tends le bras, mais Andreven ne fait pas un geste pour me rendre ma poignée de main. Il reste hypnotisé par sa nanoBee, au creux de sa main.
Je lui fais : "Le reportage sera diffusé en boucle, je vous le promets"
"Qu'en pensez-vous, Zerteen ?"
"J'en pense que nous avons un adversaire enfin à notre taille, Monsieur."
"Hum. Ce type, là, ce Professeur Andreven, balance au monde entier une solution parfaite pour nous éliminer du jeu et vous raisonnez comme si nous n'avions affaire qu'à un léger contretemps..."
"C'est un léger contretemps, Monsieur, ni plus ni moins."
"Comment donc ?"
"Ces nanoBees sont peut-être insensibles aux pesticides, mais elles ne sont pas invulnérables, ni indestructibles. Un robot, ça tombe en panne. Les champs magnétiques, l'électricité, l'humidité... toutes les armures ont leur point faible, Monsieur. D'autant que... les plans sont publics, Monsieur, il nous sera facile de repérer une faille et de l'exploiter."
"Merci, Zerteen, merci pour votre clairvoyance... D'un seul coup, mon verre de vin a meilleur goût."
Un garage, un sous-sol, rempli d'écrans plus ou moins en état de marche.
Deux ados, plongés dans les plans des nanoBees v1.0.0.
L'un d'eux pointe du doigt un circuit, et remonte doucement vers une dérivation. L'autre hoche la tête.
"Il faut améliorer ça."
L'autre fait :
"On peut améliorer ça".
Le premier dit :
"Et il faudra envoyer le patch."
25/04/2013
Ubik
25 avr 2013 - 22:01
Comment ai-je pu passer à côté de ce roman aussi longtemps ? J'ai lu des palanquées de romans SF, d'anticipation, de cyberpunk, de romans noirs, de polars. Philip K. Dick, dans Ubik, fait la synthèse de tout ce petit monde, dans un mouchoir de poche, dans un jeu ardent qui jongle avec la paranoïa, le suspense, le fantastique, la confusion, le désespoir, mais aussi l'humour (noir).
K. Dick retourne le lecteur comme une crêpe ; une fois, deux fois, trois fois. Au bout d'un moment, celui-ci se dit : non mais c'est bon, j'ai pigé.
Et paf, K. Dick lui en remet une couche, histoire de donner au prétentieux une bonne leçon. C'est l'auteur le maître de l'intrigue. Inutile de lutter.
Ubik, c'est Blade Runner (normal). Joe Chip est détective à la hard-boiled. Incapable de subvenir à ses besoins (tout est payant, même l'ouverture de la porte de son appart - on se demande bien comment quelqu'un de fauché peut gagner de l'argent s'il ne peut ni entrer ni sortir sans petite monnaie).
Puis ça bascule : Joe Chip est un petit génie, un chef de bande. Ubik, c'est les 7 Mercenaires. Une troupe de "psis" part en mission.
Ubik devient ensuite quantique : les protagonistes sont à la fois morts et vivants, plongés dans un univers parallèle pour lequel l'espace n'a plus d'importance : ce n'est que le temps qui compte.
Ubik, c'est la schizophrénie de l'auteur, du lecteur, des personnages. Tout ça à la fois. Alternativement. Avant, après.
Lis Ubik.
Lire cet article vous aura coûté 25 centimes d'EUR. Nous n'acceptons pas les pièces frappées à l'effigie de Harpo Marx.
26/03/2013
La Cité des Jarres
26 mar 2013 - 22:01
J'ai dû lire le livre il y a 4 ou 5 ans, alors qu'Arnaldur Indriðason et son enquêteur Erlendur étaient assez méconnus dans le paysage polar français. Autant le dire de suite : si j'ai acheté ce polar, à l'origine, c'est uniquement parce que son auteur était Islandais (oui, je peux te le dire, si tu ne le sais pas déjà, l'Islande et moi vivons une histoire d'amour à distance depuis une vingtaine d'années).
Autant le dire, une fois qu'on a lu la Cité des Jarres, on n'a qu'une envie : enchaîner sur les autres. La Femme en Vert et surtout, mon grand préféré, La Voix, ont fini ma conversion. Oh, après, bien sûr, Erlendur est un peu plus devenu à la mode, et le polar Islandais a vécu un nouvel essor (Arni Thorarinsson est un cas tout à fait remarquable et les aventures de son journaliste Einar offrent un éclairage absolument indispensable si on veut essayer de comprendre l'Islande moderne). Même si le lectorat français a découvert un peu tard l'existence de la littérature nordique (sans casque à cornes), je ne boude pas mon plaisir. L'Indriðason de l'année est un crû à déguster. Bien frais.
Reste le film. Je n'avais pas eu la chance de le voir à sa sortie en salle. Arte m'a permis de le voir, en différé, enregistré sur ma Freebox. Et, chance supplémentaire, j'ai pu le voir en version originale sous-titrée. Bon, c'est pas pour me vanter, mais j'ai quasiment rien compris des dialogues (à part quelques mots racine que j'ai pu glaner ici ou là). Ce que je voulais, c'était le son de leurs voix. Entendre vraiment l'acteur, son visage, son physique, le son pris dans le vent et le froid de Thulé, pas celui d'un acteur bien au chaud dans un studio de doublage.
Le film est rondement mené. Il alterne très bien les moments-clé de l'enquête avec ceux, plus banals de la vie de ce commissaire un peu usé par les ans, malmené par les frasques de sa fille et qui se mange sa tête de mouton, acheté dans un "drive", tout seul assis sur son canapé, en fumant sa clope (on sent presque l'odeur âcre du tabac dans ces moment-là). Les personnages sont incarnés avec une grande justesse.
Y'a quand même deux petites choses. En tant que lecteur, bien sûr, je m'étais fait une image mentale des divers protagonistes : certains acteurs ne leur ressemblent pas du tout. Je voyais Elinborg plus fluette, et Erlendur moins sec et moins grand. Sigurdur Oli est à peu près conforme à l'idée que je m'en faisais. Quant à l'actrice qui joue Eva Lind, elle a un physique beaucoup trop lisse et pas assez dévasté par la drogue qui la ronge à mon goût. Mais il faut dire qu'à ce niveau du cycle d'Erlendur, elle n'a pas encore touché le fond.
Il y a beaucoup plus "grave" : il manque une dimension essentielle au personnage d'Erlendur, qui est fondamentale et qui ne peut pas être passée sous silence. La perte de son frère. Erlendur a perdu, enfant, dans le blizzard, le frère qui lui tenait la main. Pratiquement avalé par la terre, sa disparition reste une mort sans corps. Cette blessure est l'élément crucial dans la construction du personnage d'Erlendur. Tout ce qu'il fait, l'acharnement avec lequel il fouisse dans les tréfonds de ces crimes souvent malsains, la fascination qui le brûle quand se présente une affaire de disparition, tout ce qui fait Erlendur est lié à ce deuil.
Reste que le film est très regardable. Et qu'il donne encore plus envie d'aller à la recherche de la littérature noire Islandaise. En attendant d'avoir l'occasion de fouler du pied la poussière des volcans.
20/03/2013
Code annoté
20 mar 2013 - 22:29
Il y a une tendance qui a la fâcheuse tendance à me brouter la nouille plus que de raison : au lieu de fournir une documentation ou un tutoriel concernant l'utilisation d'une bibliothèque ou d'un programme, les développeurs renvoient les futurs potentiels utilisateurs de leurs oeuvres à leur code source. Commenté, certes, mais au simple code source.
C'est à la mode. Et ça me démoralise.
La première fois que j'ai vu ça, c'était pour CoffeeScript. Bon, heureusement, ce n'est pas la seule source de documentation. Mais de plus en plus de projets ont embrayé le mouvement. Il arrive quand même qu'on ait une vague idée de l'utilisation qu'on peut faire de l'outil en question, parce qu'on aperçoit un semblant d'exemple d'utilisation, plus ou mois complet.
La goutte d'eau qui a fait déborder mon vase, c'est la liste absolument délirante de "tutoriels" pour backbone JS. Tu peux scroller un moment, tu n'auras pas de tutoriel avant la 10ème page écran. Tout le reste, ce ne sont que des applis, toutes faites, du sol au plafond, plutôt bien commentées. Et souvent, un lien vers la fameuse page "Annotated Source", avec, en regard, le code et ses commentaires.
Ceci n'est PAS la solution. Je ne peux PAS apprendre en lisant un listing complet, de A à Z, avec tous les éléments placés, les modèles, les vues, l'interface etc. Pour la bonne et simple raison que l'application est COMPLÈTE. Finie, done, achevée, totale. Et donc, MORTE.
La métaphore de la cuisine me poursuit : ce que tu me donnes, quand tu me jettes ton "annotated source" à la figure, c'est un plat surgelé, industriel. Je lis l'étiquette, je connais tous les ingrédients, mais je n'ai aucune idée de comment tu as pu les mélanger, les cuire, les incorporer, dans quel ordre ?
Que puis-je en faire si je n'ai rien fait par moi-même ? Que puis-je apprendre si je n'ai pas ÉTAPE PAR ÉTAPE suivi la recette, fait, expérimenté, adapté le programme à mon goût et mon envie ? Il arrive très souvent pour ne pas dire systématiquement que lire un code ligne à ligne n'aie aucun intérêt : il faut souvent partir de la fin, la dernière ligne qui a un "main()" qui appelle les modules un à un. Mais en haut du code source, y'a les imports de modules externes, utilisés en-dessous, etc. Bref : tu me donnes la recette dans le désordre.
Que faire si ton ingrédient ne me plaît pas ? Il n'est pas dans mon menu perso ? ok ! je le remplace par autre chose, tout est bon pour moi. C'est souvent ce que je fais avec un exercice "imposé", s'il veut gérer des employés et des services, j'en fais un gestionnaire de bouteilles de bière (par catégories), par exemple.
On fait ça tout le temps, quand on programme - hormis pour les purs algorithmes, le reste des ingrédients, c'est à ma sauce, avec ce que j'ai sous la main, avec mon idée.
Dans un vrai tutoriel, on voit se composer le plat, peu à peu. Il grandit, il évolue, on voit peu à peu, pas à pas, se développer les modules... Et parfois, on montre une manière de faire au début, et puis... scratch that, voilà la meilleure manière, celle que tu retiendras toute ta vie de développeur parce qu'elle allège ton code, qu'elle utilise les API de plus haut niveau.
Nous avons la chance de pouvoir faire, défaire, refaire, nous exercer mille fois, en utilisant des méthodes différentes. Certains participent même à des code kata où l'objectif est de faire, refaire, refaire plusieurs fois le même programme jusqu'à ce qu'il soit parfaitement exécuté. Pas de lire, relire, relire le même code source en s'imprégnant de ses commentaires.
Le code annoté peut avoir son utilité pour ceux et celles qui ont envie de regarder sous le capot, dans les entrailles d'une application ou une bibliothèque tierce, mais ce n'est pas et ce ne sera jamais un outil d'apprentissage "primaire". C'est un outil avancé, pour les aguerris, ceux qui maîtrisent déjà un minimum.
Par pitié, la prochaine fois que tu veux réellement documenter un projet, fournis une vraie doc, un vrai document d'usage de ta bibliothèque. Et si vraiment tu y tiens, fournis aussi un listing annoté, mais n'appelle pas ça "tutoriel".
Sinon, je tue un moineau.
26/02/2013
Le logiciel est 'Pataphysique
26 fév 2013 - 08:35
Être développeur, c'est évoluer dans le monde indicible et délicieusement déroutant des cas particuliers. Un monde empli d'une physique molle, malléable, celle qui régit tout ce qui n'a pas été pensé auparavant et qui a besoin d'être implantée dans la mémoire d'une machine.
Le monde des développeurs est 'Pataphysique.
Les développeurs foulent de leurs doigts des Terres Inconnues de l'imaginaire, apportant à force d'expériences (plus ou moins réussies) des solutions aux problèmes posés. Si le problème n'a pas été résolu, et mieux, par les Géants qui nous ont précédé, il le sera, à la force de nos lignes de code. Le Problème est sans cesse une Inconnue. Peut-être qu'auparavant un de nos Pairs aura implanté dans la Machine une solution à un Problème proche, asymptotique, mais il manquera toujours un petit quelque chose, un machin, un bidule, un cas particulier qui ne rentre pas dans les petites cases de l'uniformité.
Nous sommes amoureux de ses petits riens, ces petites choses qui s'énoncent parfois si simplement et qui pourtant occasionnent des tortures infâmes, des bouillonnements de synapses, des éclatements de complexités.
Nous sommes amoureux, donc nous les détestons.
Ces petites choses rajoutées au cahier des charges initial, ces post-its de la pensée, ces cas idiots qui font qu'une règle n'en est plus une, puisqu'elle ne se généralise plus. Ces petits riens qui nous font "perdre du temps", que nous avons parfois du mal à comprendre, ou dont nous avons parfois du mal à comprendre la justification ; ces petites choses qui ne semblent exister que pour nous tourmenter. Elle est là, cette spécificité, planquée, au détour d'une réunion, d'une conversation. Parfois elle était là, sous nos yeux et, aveuglés, nous ne l'avions vue. Mais pas assez bien vue.
Et elle frappe. Nous plions sous elle, contraints de l'intégrer, de la digérer, de la traiter afin que la Machine puisse traiter correctement notre Problème.
Nous l'aimons, nous la détestons.
Et en plus, nous existons, en tant que développeurs, seulement parce que cette petite chose, ce piment, ce caillou dans la chaussure existe. Nous lui devons d'avoir encore notre métier, et que ce métier existe et a encore besoin de bras, de doigts, de cerveaux. Le client aura toujours un petit grain de sel à ajouter, une dernière petite chose que nous devrons mâcher, digérer et intégrer dans le grand Univers 'Pataphysique.
Lorsque le Dernier Algorithme du Monde aura été implanté dans la Machine totale, Universelle, quand le dernier cas particulier aura été levé, quand plus personne n'aura jamais besoin de rajouter son grain de sel dans la solution crachée par la Machine,... Oui, en effet, le dernier des Développeurs pourra éteindre sa babasse et prendre son congé.
Normalement, on a encore un peu de temps.
Savourons-le, mes soeurs et frères de clavier, en attendant le big bang technologique.
30/01/2013
Deux-mille-treize
30 jan 2013 - 23:02
Ça va être difficile de faire de 2013 une année plus intense que 2012. Entre la naissance de notre fils et l'achat de la maison, entre les conférences Sudweb et (c'était une première) ParisWeb, un saut de puce à Montpellier puis Toulouse pour faire coucou à quelques Poneysaures Djangoresques, disons que l'année deux-mille-douze a été une suite de rendez-vous importants.
Mais je me sens bien, là. C'est vrai qu'avec deux enfants (dont une à l'école), le rythme devient plus sportif... Mais ça va, je me sens bien, on se sent bien. Les enfants sont en forme, alertes, souriants, agréables...
C'est vrai que l'investissement pécunier de l'accès à la propriété, c'est bien bourrin. Mais tu comprends pourquoi tu le fais quand, dans ton salon, le laptop sous le bras, tu regardes ta cheminée (bon, on n'a ni bois ni feu dedans pour l'instant, mais ça viendra) et tu de dis, “Ouah, on est bien”. Et c'est pas les 60 jours de pluie qui ont suivi notre déménagement qui nous ont fait regretter d'avoir un jardin qui ressemble plus à un marécage qu'autre chose. On s'en cocagne, on s'en balance, on aime cette maison. On y est bien, au calme, à l'aise.
J'arrive encore à m'éclater un peu dans mon code, surtout avec mes "pet projects", comme neigefr qui, grâce à la très belle impulsion de @zyegfryed, s'est étendu aux flocons belges et suisses. Et puis des idées, des idées, des idées... Des idées qui manquent de temps pour mûrir et donner des fruits.
Et si je me mettais à jardiner ? Ah ! ça me prendra encore du temps, zût. Mais après tout, cultiver son jardin, c'est peut-être un moment méditatif et enrichissant. Un temps pour soi. Planter, et attendre. Voir évoluer, progresser. Et puis des fois, ça marche pas. Ça fane. Ça donne rien. Trop d'eau, pas assez. Plus de ceci, moins de cela. Ah, flûte, les chenilles.
Et si je me mettais au bricolage ? Je veux dire, le vrai bricolage : pas le "hacking" du dimanche, de fabrication d'un script qui déburlutresque les zigonmineux, plutôt les trucs avec des marteaux et des pinceaux.
Oui, ça peut surprendre ceux qui me connaissent, qui savent que les outils manuels et moi, on est fâchés. Mais après tout, il paraît que quand on devient propriétaire de sa maison, on est obligé de s'y mettre.
Peut-être que c'est ça, finalement, le mot-clé : “Bricoler”. Continuer à bricoler mes balises et mes octets. Continuer à bricoler mes petits textes et mes idées en germination. Commencer à bricoler les pousses et les feuilles. Commencer à prendre le marteau par les cornes et investir dans une trousse à pharmacie d'urgence.
Je suis bien.
Ça fait peur. Mais c'est bien.
Vraiment très bien.
24/12/2012
Le Jouet des circonstances
24 déc 2012 - 18:22
Ils sont venus la première fois début novembre. C'est vrai qu'on était en pleins préparatifs avant les fêtes, je ne les ai pas vus de suite. Ils étaient deux, dans leur grande robe noire. C'est Marinette qui les a repéré et m'a fait un signe de tête.
"Je crois que c'est des prêtres, Monsieur..."
J'avais crû mal comprendre. C'était assez incongru. Des prêtres, dans un magasin de jouets. Bizarre...
"Vous désirez ?"
C'est là que j'ai aperçu leurs cols romains... Juste en-dessous de leurs sourires hypocrites. Dans la paire, un seul parlait. L'autre se contentait de regarder alentours, en prenant bien soin de surveiller la porte.
"Bien le bonjour monsieur... Nous sommes très heureux de vous rencontrer."
Leurs mains étaient moites, leur poigne assez désagréable. Ils avaient l'air très sûrs d'eux. Je me demandais quelle pouvait être la motivation d'une paire de curetons à fréquenter mon établissement.
"Ça fait peu de temps que vous êtes installé, non ?"
"Oui, trois mois, à peine... On démarre... Vous chercher quelque chose en particulier ?"
"Pas particulièrement, nous regardons... Vous savez, nous avons des familles, parfois... Des neveux et des nièces."
"Oui, je me doute..."
"Ce sont de très beaux jouets, n'est-ce pas ? En bois, très bien faits"
"Oui. De fabrication française, la plupart du temps. Nous aimons vraiment les beaux objets."
"Ça brûle facilement, ces jouets ?"
La question m'avait un peu scotché. Je bredouillais :
"Euh... oui, non... Enfin, ils sont plus ou moins traités contre les incendies... Les normes sont assez strictes. Mais je présume qu'au delà d'une certaine température... Ils brûleraient."
"Vous êtes assuré contre l'incendie ?"
"Oui, bien sûr, forcément. C'est obligatoire."
C'est à ce moment-là qu'une cliente est entrée. Précipitamment, les prêtres ont écourté la conversation, en me remerciant vivement et me félicitant pour ce magasin et me souhaitant prospérité, avec des ronds-de-jambe et des courbettes du plus bel effet. Avec Marinette, on s'est regardés, un peu interdits. Et la journée a suivi son cours.
Quelques semaines après, les mêmes soutanes ont franchi la porte. Même jeu que la première fois : un seul parlait pendant que l'autre regardait ailleurs. Leur paroles étaient empreintes de la même hypocrisie.
"Noël approche ! Ça doit vous faire plaisir de voir arriver cette époque de l'année, pas vrai ?"
"Oui, c'est certain. On fait toujours beaucoup de ventes en cette période de l'année... La trêve des confiseurs, tout ça..."
"Oui, les confiseurs. Justement, on en vient, on est allés leur faire un petit bonjour en passant. Ils ne doivent pas chômer les chocolatiers. Se rappeler à leur bon souvenir, c'est tout de même la moindre des choses."
"Oui, certainement, certainement mon père... vous veniez pour quelque chose en particulier ?"
"Oh, si peu de choses. Mais vous savez, nous sommes très heureux de voir que la vie du quartier est toujours aussi développée, surtout grâce à des établissements aussi florissants que le vôtre, en cette saison bien sûr."
"Oui, c'est de saison. Excusez-moi, je vois une cliente qui a besoin de mes conseils, vous permettez ?"
"Évidemment, Monsieur, évidemment."
Pendant que j'aidais cette mère de famille, le prêtre qui n'avait pas soufflé mot depuis le début (était-il muet ? est-ce possible un prêtre muet ?) avait mis la main à la poche et sorti une enveloppe. Il la posai sur mon comptoir, juste à côté de la caisse enregistreuse, puis les deux ensoutanés filèrent à l'anglaise, avec une fois de plus tout ce qu'on peut avoir d'affabilité feinte dans la voix.
Ce n'est qu'en fin de journée que j'ai eu la présence d'esprit de regarder le contenu de l'enveloppe (avant Noël on a mille choses à faire dans un magasin de jouets, et cette enveloppe, même mystérieuse passe après les clients).
Un mot, plié en quatre, se trouvait dans l'enveloppe, et disait simplement :
"Nous serions ravis de recevoir votre contribution à nos oeuvres dans l'enveloppe ci-joint. Comme c'est votre première année, nous ne vous demanderons qu'un pourcentage très faible (5%)"
J'étais abasourdi ? Des prêtres ? Qui font du racket ! Ce devait être une blague, de très mauvais goût. Ce pouvaient être aussi des gens se faisant passer pour prêtres, des escrocs ! De toute manière j'avais décidé d'appeler l'évêché dès le lendemain.
C'est le secrétariat de l'évêque qui me répondit, et qui fixa un rendez-vous "de toute urgence" pour l'après-midi même.
L'évêque me reçut donc dans son bureau. Il avait l'air absolument serein, comme s'il ne s'inquiétait absolument pas de ce qui se passait dans son diocèse. En me servant une tasse de thé, il me mit à l'aise, me demandant des nouvelles de mon échoppe, si la période n'était pas trop fatigante, etc... J'étais complètement estomaqué.
"Vous savez"... continuait-il en touillant son thé - je remarquais que c'était totalement inutile, vu qu'il n'avait pas mis de sucre dedans, je me disais que ça devait être une vieille manie - comme quoi on peut penser à n'importe quoi dans n'importe quelle circonstance.
"Vous savez... Nous avions remarqué que Noël nous avait totalement échappé. Il était inéluctable que, la finance et le commerce engloutisse tout. L'argent-roi a largement échappé à notre contrôle et a dévasté les valeurs de notre société. Il a remplacé allègrement la religion pour certains, et nous le déplorons, car ce Veau d'Or n'est porteur que de valeurs néfastes pour l'Humanité dans son ensemble. C'est bien sûr à notre corps défendant que nous voyons les marchands du temple violer l'esprit de Noël en gavant les brebis égarées de tentations auxquelles elles sont bien en peine de résister. Qui se souvient encore parmi les commerçants que Noël marque la naissance du Christ ?"
L'évêque marqua un temps... Puis il monta le ton.
"Vous savez quel est le chiffre d'affaires de la fête de Noël ? Tout ça parce que le dieu-argent a volé ce testament, a perverti cette fête en débauches de dépenses et de repas gargantuesques."
Sa voix redevint calme, presque un murmure.
"Nous ne faisons que reprendre une partie de ce qui nous revient. Noël est une fête religieuse et les commerçants ont détourné l'esprit des gens. Il est juste de penser que l'Église mérite une compensation. Après tout, c'est bien grâce au Christ Notre Sauveur et sa naissance que vous arrivez à faire un bénéfice conséquent aux alentours de Noël... Vous n'êtes pas d'accord ?"
C'est à ce moment précis que j'entendis une porte s'ouvrir et les deux prêtres qui étaient venus à ma rencontre sont entrés dans le bureau de l'évêque.
Leur air affable avait totalement disparu. J'avais plus l'impression d'avoir à faire aux tontons flingueurs qu'aux pères tranquilles.
Je mis la main au veston et je dis simplement :
"Cinq pour cent, c'est bien ça ?"
22/12/2012
Cher futur,
22 déc 2012 - 00:33
Cher futur,
Tu existes donc. Si quelqu'un ici, maintenant, lit cet article, c'est que le temps ne s'est pas arrêté au coucher du soleil sur les temples Mayas.
Malgré les prophéties qui se sont succédé à un rythme effréné depuis des années, des mois et des semaines, tu ne t'es pas laissé faire et tu as choisis d'exister. Il a fallu lutter, j'en suis certain. Nombreux sont ceux qui ont voulu ta perte.
Et ce n'était pas la première fois qu'on t'avait fait le coup. Je ne parle pas de l'an mil. Tout le monde s'accorde à dire que les rares ecclésiastiques capables de calculer l'année dans laquelle ils se trouvaient n'ont vraisemblablement pas effleuré les esprits de la multitude ignorante. S'il y a eu des annonces apocalyptiques, peu l'ont entendu.
La fin de notre monde a été annoncée tellement de fois...
Te souviens-tu de Paco Rabanne, qui prédisait la fin du monde lors de l'Eclipse de 1999 ? Te souviens-tu de l'an 2000 et de son bug ? Je connais quelqu'un qui a crû deux fois à la Fin des Temps. Et qui a survécu. Peut-on être sûr que cette personne aura été "guérie" ? Je n'en suis même pas sûr.
Cependant, cette fois-ci, à la faveur de la mondialisation et la caisse de résonance à conneries que peut représenter l'Internet (ce réseau des réseaux ne sert pas qu'à ça, mais il faut bien avouer que c'est beaucoup plus marrant d'observer ces rumeurs 2.0 que de constater que la majorité du trafic Internet est représenté par des bouts de fichier DivX).
Nous avions eu une première fausse alerte avec la fameuse "rapture", en 2011, qui aurait dû avoir lieu le 21 mai, puis, prétextant une erreur de calcul, était repoussée au 21 octobre. Dur comme fer, certains ont attendu que x - y + z = 0. Et rien. Nous sommes toujours là.
Tu te souviens du LHC ? Son accélérateur aurait dû créer un trou noir planétaire qui nous aurait aspiré. Moi j'ai rien vu.
Pourtant, dur comme fer, les obscurantistes les plus farouches tenaient à nous effrayer, nous persuader que la recherche vers l'infiniment grand ou l'infiniment petit était une erreur fatale qui détruirait le monde.
Les millénaristes ont fait long feu.
Hélas, il y a fort à parier qu'au prochain millénaire, ils auront encore à agiter devant le nez de la population l'épouvantail de la fin des temps, du monde, de la disparition de l'homme.
Le 21 décembre 2012, la Terre ne sait pas ce que c'est. Les calendriers sont arbitraires. Ce sont des observations purement astronomiques sur la course de la Terre par rapport au soleil. Sauf peut-être si on ajoute la Lune, comme dans le calendrier Musulman. Mais qu'est-ce que la Lune en a a foutre de l'an 2012 ? Qu'est-ce que le soleil sait de l'an 13.0.0.0.0 des Mayas ? Il sait compter le soleil ? Depuis quand ? Il est entré en télépathie avec le cerveau malade des astrologues ?
Les calendriers sont arbitraires.
ARBITRAIRES. La course de la Terre ne changera pas plus du 21 décembre au 22 qu'elle aura changé du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000. Et le 1er janvier 3000, elle ne changera pas sa course. Les astéroïdes n'obliqueront pas quand la date indiquera 3 mars 3333 ou 2 février 2222.
Apprenez la leçon de notre passé commun, de ton passé commun. Regarde un peu dans le rétroviseur. La prochaine fois qu'un hurluberlu t'annoncera la fin du monde, demande-toi s'il a la preuve. Demande-lui s'il a la preuve. Demande-lui de produire la preuve irréfutable de ce qu'il avance. Demande-lui de publier ses preuves, de les faire analyser, vérifier par des gens sérieux. Toutes les démarches empiriques n'apportant aucune preuve, c'est du flan. C'est juste parce que ton firewall est trop naïf pour laisser entrer ces idées. La superstition, les croyances fondées sur des observations tronquées, tout ça c'est la porte ouverte à la manipulation, et à l'anéantissement de ton libre-arbitre, c'est la destruction de ce qui fait de toi un Humain, c'est l'autre qui te fait ressentir de la peur et la peur, c'est le début de la fin.
La vraie fin. La fin de l'Histoire, la fin du "Je". N'oublie pas la leçon de 1984, c'est que le pouvoir, c'est la peur. Si on prend d'assaut les sentiments d'un individu, et par-delà cet individu, d'une foule et d'une société toute entière, on peut lui faire faire n'importe quoi. Y compris des choses insensées.
Cher futur, merci de devenir un passé.
18/11/2012
Kanban (deuxième partie)
18 nov 2012 - 18:43
Je lis beaucoup. Par période, je lis même énormément. Depuis que j'ai une liseuse, il m'est beaucoup plus facile de rajouter à ma "Liste des livres à lire" des méga-octets de littérature, du classique au polar, de la SF au livre de référence technique.
Par moments, je lis trop. Je sais très bien que je manque de discipline : je commence un livre, qui se trouve être sur ma "table de chevet", puis un autre, que j'entame dans ma liseuse... là-dessus, PAF ! un Pratchett sort en poche, Christopher Moore se fait traduire en français, J-B Pouy sort un recueil de vannes et patatras, je me retrouve avec une liste de livres entamés considérable et pour tout dire, quasi-insurmontable... j'avance un roman, puis un autre, puis un autre, puis y'a un livre technique dans les bacs, etc, etc. Quand je reprends la lecture du premier, c'est une grande source de frustration : où en étais-je ? qui sont les protagonistes de l'Histoire ? le contexte ? qui est suspect dans l'enquête ? mais pourquoi machin déteste bidule ?...
Bref. J'ai un problème de flux. Et là, Kanban peut m'aider à endiguer cette noyade par hyper-lecture.
J'ai ouvert un Trello. J'ai détecté quatre étapes dans le "flot" de lecture :
- À surveiller / Wishlist : le livre est sorti, et il m'intéresse. ou bien je colle sur une carte le nom d'un auteur à surveiller, parce que je sais qu'il est susceptible de publier un livre qui peut entrer dans ma wishlist. ou alors un livre disponible en anglais, dont je vais devoir attendre la traduction, parce que trop ardu (c'est le cas de Sacré Bleu, par Christopher Moore, par exemple). Ces livres ne sont pas encordants ma bibliothèque, mais potentiellement, ils peuvent rejoindre ma pile.
- À lire : je possède le livre. sous une forme ou une autre, dans ma liseuse ou en papier.
- En cours de lecture : sur ma table de chevet ou dans ma liseuse, je les ai commencés. C'est là que la pertinence du Kanban se met en route : je choisis de limiter à 2 le nombre de livres que je lis. Un seul livre, ce serait un peu réducteur : on peut aussi se lasser de lire un seul et unique livre à la fois, pour garder un bon tempo, il peut être bon d'alterner. Je pense qu'il est possible d'en lire 3 à la fois, mais que c 'est un peu trop limite. Garder 2 livres ouverts simultanément me permettra d'achever l'un ou l'autre plus vite, pour faire passer ce premier dans la colonne de droite, et prendre un autre dans ma liste "à lire".
- Lus : les livres finis. Accessoirement, je peux y mettre une note, une critique, y faire des commentaires - bref, une fiche de lecture.
Il est important de noter que dans les listes "À surveiller / Wishlist" et "À lire", l'outil me permet de trier les livres, par ordre "d'envie" ou d'intérêt. Plus un livre est sur le dessus, plus il aura de chances d'être choisi pour l'étape suivante.
J'ai commencé à remplir partiellement ce Trello :
Tu peux le constater : j'ai déjà un soucis dans mon flot de production... euh pardon, de lecture. Je contreviens à ma règle qui consiste à avoir maximum deux livres en cours. Ça signifie déjà qu'il me faut absolument terminer deux livres en cours avant d'en choisir un dans la pile précédente.
C'est ça aussi une des forces de Kanban : surligner d'entrée les points qui posent problème par rapport aux règles établies à l'avance. Dès lors, on sait déjà comment y remédier (dans mon cas, il faut terminer les lectures en cours).
Accessoirement, j'ai choisi de mettre des étiquettes aux livres. Pour le moment, j'ai : Romans, Tech (pour les ouvrages sur les thèmes (péri)professionnels) et ebooks pour ceux disponibles en format électronique.
Le moteur de recherche intégré à Trello me permettra de retrouver plus facilement une carte (parmi les livres lus comme les non-lus).
Voilà. J'espère t'avoir montré que Kanban n'est pas qu'un outil de pure industrie, il peut aussi servir au quotidien, pour des activités aussi innocentes que la lecture. Parce que je pense qu'on peut en tirer quelque chose (après tout, les fiches de lecture peuvent intéresser d'autres personnes), j'ai mis ce Trello visible de manière publique. Tu peux donc accéder à mon Kanban de lecture en suivant ce lien. Attention, peinture fraîche. Toutes mes fiches sont loin d'être complètes.
16/11/2012
Kanban - première partie
16 nov 2012 - 00:12
Je m'intéresse depuis peu aux Kanbans. Ou plus précisément, je m'intéresse plus sérieusement depuis peu aux Kanbans que j'aurais dû le faire.
Dans le domaine de l'industrie, cet outil est utilisé depuis assez longtemps ; dans le domaine de la programmation, son usage est en train de se répandre, peu à peu. Et si on gratte un peu dans la littérature existante, on se rend compte que tous les processus multi-tâches qui évoluent dans le temps d'étape en étape peuvent être visualisés sous forme de tableaux "à la" Kanban.
On perçoit assez facilement les étapes de conception / réalisation d'un programme par exemple. On divise les fonctionnalités en petites unités (appelées "Histoires"), qu'on met dans la colonne "À Faire". On décide ensuite d'une limite de travail "En Cours". Par exemple, on se dit qu'on aura du mal à faire plus de deux choses à la fois. Donc, on se limite à 2.
Une fois qu'on a construit la liste des tâches à faire, on en choisit une, puis éventuellement une autre, et on se focalise sur la réalisation de ces tâches. Une fois terminée, l'Histoire se range dans la colonne "Terminée".
Ça a l'air tout con, comme ça, de se dire qu'on ne se concentre que sur un nombre limité de tâches, c'est déjà une énorme avancée. Moins de dispersion, plus de contrôle sur le flot et l'obligation de faire les choses en fonction de leurs priorités.
Et en sus, parce qu'un dessin vaut toujours mieux qu'un long discours, ça donne une visibilité redoutablement efficace à l'ensemble "à faire / en cours / terminé". Et mieux, si on observe ça de jour en jour, on perçoit la cinématique de ces flux, et les éventuels blocages. Si un Kanban est publiquement affiché sur un des murs d'un open-space, par exemple, il montre à tous le degré d'avancement des Histoires dans le flux. Management Visuel, ils disent, les pontes du Kanban.
M'enfin, si on veut se documenter sur le sujet, on peut aller voir cette lumineuse présentation sur les Kanban.
La première fois que j'ai été confronté à un Kanban, c'était pour l'organisation des rencontres Django Francophones d'avril dernier. Je dois avouer qu'à cette époque-là, j'ai été assez mal à l'aise face à ce "machin". Je pensais en avoir les clés. Je n'avais pas compris comment m'en servir, j'étais timide, je ne prenais pas les Histoires à mon compte. Je n'osais pas. Bref, j'ai échoué.
Pourtant, la solution technique employée, à savoir l'utilisation de l'outil Trello était excellente, l'interface fluide, efficace. Quand en plus on "joue" avec ces tableaux à plusieurs, et à distance, c'est pratique. Encore eût-il fallu que je prenne l'outil à mon compte, que je me l'approprie.
À présent que je commence à utiliser des Kanbans personnels pour organiser toutes sortes de choses (notamment notre prochain déménagement), je comprends mieux comment s'en servir efficacement et à quel point le duo visualisation + contrôle des flux est un duo gagnant.
À présent, j'arrive avec mes lunettes "Kanban" et je perçois toutes les tâches ou les processus à étapes sous cette forme. Bon, tout ne se Kanbanise pas forcément, hein. Ce marteau n'est peut-être pas taillé pour enfoncer tous les clous. Mais franchement, si tu te sens débordé par un flot incessant de tâches, utiliser un Kanban (d'abord pour soi, ensuite à destination des autres - les demandeurs) est une opération simple à mettre en place et qui a un effet immédiat sur l'organisation et qui demande peu de matériel : tableau blanc ou en liège, des post-its ou des cartes collées à la patafix...
Lors d'un prochain article, je te montrerai à quoi pourra me servir un Kanban, dans un domaine absolument différent de l'informatique. Et je gage que beaucoup d'autres seront intéressés par cet exemple ; s'il ne leur convient pas, il leur donnera peut-être l'idée d'utiliser Kanban pour tout autre chose. Et c'est très bien ainsi.
Photo, "My Personal Kanban", par Bill Frederick (CC-BY-NC-SA)
29/10/2012
Hiriburutar / Saint-Pierrot
29 oct 2012 - 22:22
C'est officiel depuis dimanche. Nous avons en notre possession les clés de notre future maison. D'ici un gros mois nous aurons déménagé pour Saint-Pierre d'Irube. Nous deviendrons Hiriburutar, ou Saint-Pierrots. Les deux me sont aussi agréables à l'oreille.
Donc, on est aussi fauchés que de nouveaux propriétaires peuvent l'être. Mais c'est une bonne chose.
Si je fais un grand bond en arrière, à mon arrivée à Bayonne, en janvier 2000, je n'imaginais même pas le parcours qui m'a amené jusqu'ici. La trajectoire s'infléchit aujourd'hui, et je quitterai bientôt ma ville à regrets. Bayonne m'a recueilli et a pris soin de moi pendant les jours les plus sombres de ma vie. C'est une ville attachante, et elle restera ma ville de coeur, celle qui m'a vu prendre mon envol, qui aura vu mes turpitudes et mes errements, pour déboucher sur la lumière.
Certes, Saint-Pierre est à une bordée de canons de notre vieille capitale Labourdine, et on ne peut décemment pas parler d'un exil. Mais j'aimais le fait de pouvoir glisser mes clés dans ma poche, sortir de chez moi, choisir d'aller à droite ou à gauche et d'être déjà au coeur de ma ville.
J'ai aimé flâner en tapant le pied sur ses pavés usés. J'ai aimé me perdre dans ses rues étroites, ombragées. J'ai été émerveillé par les embrasements des quais de la Nive, par les changements impétueux de son cours. J'ai humé l'air du matin frais, senti la brume glisser entre les piles des ponts.
Dans cette ville, je n'ai pas toujours opté pour le chemin le plus court.
Et j'ai eu raison.
Il faut aimer surprendre Bayonne autant que se faire surprendre par elle. En levant le nez, en sortant de la routine des longues avenues de la banalité, on tombe sur un détail chatoyant, une inscription cryptique, un paire de fenêtres de guingois, un balcon qu'on avait pas vu, trop absorbé par ses pensées.
Bayonne se contemple, de loin comme de près. L'Adour est une perspective. Il entre en ville, fait son chemin, fluctue en saluant l'Hôtel de Ville et file, dédaigneux, vers l'Océan. Et parce qu'il lui semble qu'on ne l'a pas assez vu, il profite de la marée montante pour refaire son entrée, dans l'autre sens. Peut-être que la gouaille bayonnaise vient de son fleuve, qui aime tant faire le fanfaron.
Malgré leur masse imposante, les remparts ont perdu de leur superbe. Ils se sont faits mousse et ne menacent plus personne. Ils sont comme un vieux cabot qui aboie mais n'a plus de dents pour mordre. Ils caressent les rues pour leur donner cette forme si lascive. La rectitude est tellement ennuyeuse.
Mais ce sont les flèches de sa cathédrale qui resteront mon pôle magnétique. Si on les voit, c'est qu'on y est presque. Quand on ne les voit plus, c'est soit qu'on y est, soit qu'on est trop loin d'elle. Et quand on les devine sans les voir, c'est qu'on est chez soi.
Même si la distance est minime, je suis nostalgique. Ça m'emmerde de l'admettre, mais je ne peux pas mieux faire.
Ne t'inquiète pas, vieille amie... Je reviendrai, en visiteur, te chatouiller les pavés, te secouer les perspectives, te refléter les rivières, te saluer, de loin et de près.
Tu veilles. Je te vois. À bientôt.
20/09/2012
Jeux de rôle... amorce de rechute
20 sep 2012 - 23:01
Jeune, j'ai joué aux jeux de rôle. Genre, beaucoup. Comme beaucoup de jeunes de mon époque. En mon temps, on appelait ça JRAF. On connaissait les résultats des dés, on avait appris "à la dure" des tables entières, des passages entier du Seigneur des Anneaux ou du Silmarillion par coeur. On avait vu les deux premier Aliens cent fois pour y choper des idées. La première trilogie de Star Wars n'avait aucun secret pour nous.
J'ai pratiqué, malgré la mauvaise image que véhiculent ces jeux. Certaines légendes urbaines circulaient sur des joueurs qui se seraient suicidés suite à la perte d'un personnage, d'autres devenaient fous, obsédés, violents. Mouais. Quand je vois ce que les paléolithiques qui nous gouvernent disent de l'Internet, je présume que ces rumeurs étaient un peu exagérées. Il y a pu avoir des cas. En ce qui me concerne, je n'ai jamais constaté ce comportement. Je présume que, Jeu de Rôle ou pas, la détresse existe et qu'elle émerge, tôt ou tard.
Le Jeu restait un Jeu. Et c'était très bien comme ça.
Je te parle de ça, c'était... pfiou... Sans qu'on ait de certitude, je pense que ma dernière partie de Jeux de rôle remonte à 1995. Ouais. T'étais pas né(e), quoi. Sans compter que j'avais, sur un été, préparé un scénario complet pour Cyberspace). Scénario qui n'a jamais été joué.
Puis il y eut un long tunnel.
C'est grâce à Jean-Michel que j'ai redécouvert le JdR. Ou plutôt, qu'il m'a montré que celui-ci n'était pas tout à fait mort, et qu'il se pratiquait encore.
Au début, je voyais ça comme une nostalgie dont l'écho lointain aurait pu m'attendrir. Et puis, petit à petit, j'ai vu que le Jeu avait évolué. Je veux dire, vraiment.
Pour faire simple ; j'ai pris 20 ans de progrès dans la tronche. Tout avait changé, ou presque. On trouvait des Jeux sans Maître de Jeu, d'autres sans dés. Il existe même des jeux de rôle qu'on peut jouer en solo ; et ce ne sont pas des "Livres dont vous êtes le héros", mais des vrais jeux aux choix infinis, comme ceux d'un JdR classique. Certains livres de règles faisaient moins de 10 pages, moins de 5, voire une seule et unique feuille, recto-verso. On trouvait des jeux à télécharger, parfois gratuitement. Parfois même, ils étaient publiés sous Licence libre (du genre Creative Commons).
Plus encore, les jeux narratifs m'ont mis une sacré claque conceptuelle : ce n'est plus le MdJ qui fait l'histoire, ce sont ses acteurs.
À intervalles réguliers, au cours des semaines et des mois, je me suis retrouvé à me documenter sur des jeux indépendants, à faire la chasse aux pépites.
Bref. Je crois que j'ai commencé à replonger. En douceur, puisque jusqu'à aujourd'hui, ma dernière partie remonte toujours au siècle dernier.
Lady Blackbird est sans doute le jeu qui a achevé ma conversion. Conçu par John Harper, c'est un jeu qui regroupe à mon avis toutes les innovations qui m'étaient restées invisibles :
- Le livre des règles est librement téléchargeable, sous licence CC-BY-NC-SA,
- Il ne fait qu'une quinzaine de pages et contient tout ce qu'il faut pour démarrer,
- le démarrage peut se faire sans la moindre préparation, ni des joueurs, ni du Maître de Jeu. Vite lu, vite compris,
- C'est un jeu narratif, dans lequel les personnages peuvent tout ce qu'ils veulent et le rôle du Maître de Jeu est de lancer des obstacles vers les Joueurs,
- Il dispose d'un système de Traits et d'Étiquettes, opérant une grande simplification sur les systèmes de jeu que je connaissais (Caractéristiques + Compétences),
- Les règles font que plus un joueur échoue, plus il a de chances de réussir et plus il réussit, plus il a de chances de se mettre dans l'embarras ; ça pimente méchamment le jeu,
- Le "roleplay" (le fait de jouer son personnage dans une sorte de saynète improvisée) est incluse dans les règles et sert le personnage,
- pas de tableau à rallonge et de jets de dés à n'en plus finir : toutes les actions se résolvent en un jet qu'un enfant de 5 ans peut comprendre,
- Il est posé dans un "Univers" steampunk cohérent et d'une grande poésie. Bien évidemment, on peut utiliser le système dans un univers totalement différent,
- On dispose de personnages pré-tirés, prêts à l'emploi, et d'un scénario dans lesquels les plonger,
Il existait une traduction de Lady Blackbird, disponible sur le site des Écuries d'Augias. Elle est très bien faite, je n'ai rien à dire sur le rendu général. En revanche, il y avait quelques détails qui me gênaient un peu. Et je me suis dit que la licence Creative Commons choisie se prêtait aux "forks". Alors j'ai pris mon clavier et je me suis lancé dans une traduction personnelle du jeu. J'ai mis ça dans un site Sphinx, écrit dans le format ReSTructuredText, et j'ai mis ça sur Github. Plusieurs avantages :
- Une source (texte), plusieurs formats de sortie possible : HTML, PDF, ePUB...
- HTML, c'est les hyperliens. Quoi de plus pratique que de pouvoir cliquer sur un mot pour accéder à cette partie du livret des règles ?
- À la différence du PDF-tout-mouliné, tout un chacun peut récupérer le texte traduit, le modifier à son goût, et republier le jeu dans le format voulu.
- Github propose de "forker" (faire sa copie perso, copie qu'on peut modifier comme on veut par la suite) et de proposer des "pull-request" (c'est à dire de reverser les modifications / corrections au code initial),
- Github nous laisse héberger le résultat produit en HTML au travers de leur "Github Pages".
Voici donc :
Conformément au contrat CC initial, cette traduction est sous CC-BY-NC-SA.
Ouais.
J'ai rechuté, quoi.
Et c'est pas fini...
23/08/2012
Passer la main
23 aout 2012 - 14:40
Voilà bientôt 7 ans que je joue au "Community Manager" du Carnet Bayonnais, rendez-vous quasi-mensuel des blogueux de la Côte. C'est long, sept ans. Certains disent que c'est un cycle.
C'est donc, je présume, le moment idéal pour passer la main. Ce n'est pas que la charge soit insurmontable. Ce n'est pas que je n'aie pas le temps (en fait, il suffit de trouver à peine une heure par mois pour mettre à jour le site, passer l'annonce sur le compte Twitter et envoyer le mail à la ML). Ce n'est pas que je n'aie plus envie de participer au Carnet - au contraire. Ces parenthèses entre gens de bonne compagnie, dans un cadre sympa, autour d'un verre, d'un plat simple m'ont toujours plu et me plaisent encore.
Disons que je sens que la flamme n'y est plus vraiment. La saison passée, ça m'est arrivé plus d'une fois de ne pas annoncer le Carnet à temps, de louper un rencard, de ne plus trouver mes mots pour rédiger le petit texte de l'annonce... Une forme de lassitude, de paresse un peu malsaine.
Et ça m'emmerderait que ce Carnet cesse d'exister, simplement parce que je suis trop las.
Alors plutôt que de "claquer la porte" bêtement, j'ai décidé de passer le relais. J'ai proposé à @floweb de reprendre la main sur les annonces et tout le toutim et il a accepté. Je pense que c'est une très bonne chose, à plus d'un titre.
- c'est du sang neuf, ça peut pas faire de mal,
- je sais que Florian est un jeune homme sérieux, organisé, et plein d'entrain dans tout ce qu'il fait,
- c'est un twittos, tout un symbole de la période actuelle,
J'imagine que pour les Carnettistes, ça ne changera pas grand-chose. le rendez-vous sera posé par les mêmes canaux d'information - peut-être même par de nouveaux moyens si, un jour, on aperçoit un medium qui émerge.
Je pense qu'il y aura une petite période de transition durant laquelle je lui mettrai le pied à l'étrier. Après, ce sera son bébé, pour le meilleur et l'encore meilleur.