Je Hais Le Printemps/parce que le printemps est haïssable...Sun, 06 May 2018 00:01:00 +0200Digérer le Hobbit/blog/fr/2018/05/06/digerer-le-hobbit/<p>Depuis quelques mois, j'ai commencé la lecture à voix haute <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Hobbit">du Hobbit</a> à mes enfants. Par petits bouts, hélas un peu espacés dans le temps, ce qui m'oblige parfois à revenir en arrière, relire quelques passages et se remettre dans l'histoire. La version que je lis est la "nouvelle traduction", celle de 2012, par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Lauzon">Daniel Lauzon</a>.</p> <p>Quand je l'avais lue pour moi-même, j'avais évidemment tiqué devant les toponymes (<em>Fendeval</em>) et les patronymes (<em>Bessac</em>, <em>Thorin Lécudechesne</em>), difficile de revenir sur près de 30 ans de lecture ennamourée. Mais passée cette impression désagréable, la lecture redevenait plaisante : un petit coup de peinture sur la traduction de Francis Ledoux (de sinistre mémoire) n'était pas de trop. En revanche, ma connaissance assez poussée du mythe Tolkienien m'avait fait passer à côté d'un élément important. J'y reviendrai.</p> <p>À l'occasion d'un voyage plutôt long au travers de la France vers la région d'Annecy, nous avons commencé la lecture, à voix haute, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Potter_%C3%A0_l%27%C3%A9cole_des_sorciers">du premier volume des aventures d'Harry Potter</a>. Et là, ce fut un déclic : non seulement le texte est remarquablement écrit, amusant, rythmé et aisément lisible à haute voix, même dans un véhicule bruyamment lancé sur l'A89... mais en plus il est <strong>totalement accessible</strong> pour des enfants (essentiellement mon aînée de 9 ans et mon fils de bientôt 6 ans – la petite dernière de 3 ans 1/2 n'était pas franchement la plus intéressée par le texte).</p> <p>Malgré les très beaux efforts de Daniel Lauzon pour "moderniser" « Le Hobbit » qui date de 1937 pour sa première édition, a été révisé et publiée en 1951 avec des changements très importants sur le chapitre 5 « Énigmes dans l'obscurité » (où Gollum passe d'un monstre misérable et assez inoffensif à un monstre perverti par l'Anneau et agressif), malgré tous ces efforts, disais-je, en lisant à mes enfants, je suis contraint de m'arrêter fréquemment pour expliquer un mot, une tournure de phrase alambiquée, une expression vieillote ou inattendue. Quand j'y arrive, je me mets aussi à changer les mots à la volée pour rendre le texte plus accessible...</p> <blockquote> <p>Ce hobbit était un hobbit fort bien nanti, et il s'appelait Bessac. Les Bessac habitaient les environs de la Colline de temps immémorial, et ils étaient vus comme des gens très respectables, non seulement parce que la plupart d'entre eux étaient riches, mais aussi parce qu'il ne partaient jamais à l'aventure et ne faisaient jamais rien d'inattendu : on savait ce qu'un Bessac dirait de telle ou telle chose sans être obligé de lui poser la question.</p> </blockquote> <p>Ma fille aînée a du vocabulaire, mais j'ai quand même dû remplacer <em>"nanti"</em> par un synonyme. Le terme "immémorial" n'est pas évident, il a fallu confirmer qu'elle avait compris. Je laisse au lecteur le soin de compter le nombre de mots et de propositions de la seconde phrase de ce passage, qui commence par t'expliquer que les Bessac sont une vieille famille, puis qu'ils sont respectables, puis riches, puis qu'ils ne partent pas en aventure et enfin qu'ils sont complètement prévisibles et qu'il est inutile de leur demander leur avis sur... euh, sur quoi ? Entre le début et la fin de ce long train de mots, des wagons de concepts différents. Lus par un adulte qui connaît les Hobbits et apprécie le style de JRRT, ça peut arracher un petit sourire en coin. À haute voix, c'est l'asphyxie pour le lecteur et l'impression d'assommer l'auditeur.</p> <p>D'un côté, Harry Potter, destiné aux ados et d'une fluidité impeccable, de l'autre, un « Hobbit » indigeste, originellement destiné aux enfants du Professeur. Un comble !</p> <p>Loin de moi l'idée de dire que « Le Hobbit » "en l'état" est un mauvais texte ; c'est tout simplement qu'il est écrit dans une langue désuète, qui aura bientôt un siècle, et que n'importe quel traducteur s'y trouverait piégé ; même en faisant de grands efforts pour le "maquiller"... point de salut, sa structure est ce qu'elle est.</p> <p>J'en suis arrivé à penser qu'il y a une ouverture pour un travail intéressant... si un jour quelqu'un avait le pouvoir et le temps de prendre le taureau par les cornes, et de proposer non pas une nouvelle traduction, mais une <em>transcription</em> voire même une <em>réécriture</em> du « Hobbit », dans laquelle toute la trame narrative serait conservée, mais le texte serait rédigé dans un langage actuel, alors on pourrait transmettre à la jeunesse du XXIè siècle ce "roman-pilier" du genre médiéval-fantastique.</p> <p>Reste que je doute que cette oeuvre voie le jour. Je ne pense pas que les ayants-droit verraient d'un bon oeil qu'on démonte le château pierre par pierre pour le reconstruire à côté, même s'il paraissait plus pimpant. Quand on voit ce que <a href="http://celeblog.over-blog.com/article-le-club-des-5-et-la-baisse-du-niveau-85677083.html">les retouches sur les livres du « Club des 5 » ont déclenché comme colère parmi les lecteurs</a>, je n'ose même pas imaginer ce qui se passerait.</p> <p>Pour ma part, je pourrais aussi me sortir un peu de ma torpeur littéraire et le rédiger pour mon petit plaisir personnel... Mouais. Même si aujourd'hui, je ressens bien un frétillement dans le bout de mes doigts, je doute d'être capable de terminer ce travail avant que mes enfants soient trop vieux pour en apprécier la saveur et qu'ils soient même en âge de lire <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Silmarillion">le Silmarillion</a>.</p> <p>Tiens, tant que j'y suis, ça me ferait également plaisir de lire une traduction française du Hobbit originel, celui de 1937, dans lequel Gollum est sympa, Gandalf "juste un magicien". J'ai en ma possession la réédition en anglais, mais je suis persuadé que de nombreux lecteurs aimeraient pouvoir accéder à cette version "disparue".</p>Bruno BordSun, 06 May 2018 00:01:00 +0200tag:,2018-05-06:blog/fr/2018/05/06/digerer-le-hobbit/littératureJe suis la dette/blog/fr/2017/03/26/je-suis-la-dette/<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=hIjgy2or9x4&amp;t=48:45">Cette séquence vidéo qui démarre à 48'40" - est édifiante</a>.</p> <p>Je pense être comme beaucoup de citoyens, amenés à se prononcer prochainement pour la Présidentielle de 2017. Et je vois, comme beaucoup sans doute, s'amonceler les nuages noirs, l'orage gronder, le scrutin triste, à l'image de la campagne où il est question de tout, sauf du devenir des habitants qui devront être dirigés par le candidat ayant reçu le plus de bulletins non-nuls (même pas dans la poire, en plus, les traditions se perdent).</p> <p>Je ne sais pas pour qui voter. Parce qu'aujourd'hui, j'ai le choix entre :</p> <ol> <li>des gens qui ont un programme, l'appliqueront, et contre lequel je suis de toute mon âme,</li> <li>des gens qui n'ont aucun programme, si ce n'est de continuer à jeter de la poudre aux yeux,</li> <li>des gens qui ont un programme qui pourrait me plaire, mais dont je doute qu'ils l'appliqueront.</li> </ol> <p>J'aurais bien aimé pouvoir me désinscrire des listes électorales, pour ne pas être complice de cette farce, mais j'ai cherché, on ne peut pas.</p> <p>François Fillon, invité de <em>L'émission politique</em>, a rencontré des personnels soignants et administratifs d'une maison de retraite médicalisée. Les infirmières lui parlent de cadence de travail, de pénibilité, de qualité de vie. La réponse tombe comme une brique dans un pot de peinture. La <strong>dette</strong>. Les finances publiques, etc. Il montre là, plus encore que dans n'importe lequel de ses discours de meetings, plus encore que dans ses interviews lénifiantes où le journaleux lui permet de vendre sa soupe et d'y noyer le poisson, il montre là son <strong>idéologie</strong>. C'est largement pire que les petits arrangements entre membres de sa famille et la République (il faut être un peu naïf pour penser qu'il est le seul à en être coupable, c'est systémique, et bien au-delà des clivages droite/gauche...).</p> <p>Le fric, le chiffre, l'Euro, les sous, le pognon, la gestion <strong>comptable</strong> au-dessus de tout, au-dessus des humains, au-dessus des malades, de leurs familles, au-dessus des souffrants, des faibles, des indigents, au-dessus de leur vie, du prix qu'elle vaut. L'argent, l'argent, l'argent, l'argent.</p> <p>Pour un homme qui se dit chrétien et qui est soutenu par des tenants "pro-vie", c'est honteux. Pro-vie ? Mais quelle vie ? Celle qui fait trimer la plèbe pendant que Madame va en cure au frais de la princesse ? Celle qui épuise, abrutit, déglingue les corps et les esprits des soignants pendant que la haute oligarchie se repaît des profits ? Celle qui amenuise les chances des malades en fonction de leurs revenus ?</p> <p>Un personnel de santé épuisé, c'est plus de maltraitance. Oui, hélas, les patients seront mal traités, parce que les erreurs professionnelles augmentent avec la fatigue, l'épuisement. Il y aura plus de maladies nosocomiales, plus d'erreur de diagnostic, des soins administrés moins vite et moins efficacement.</p> <p>Et ces infirmières, de nuit et jour, qui triment pour des salaires de misère en regard de la valeur des vies qu'elles sauvent, qui seront carbonisées après 20 ans de carrière, sans espoir d'obtenir un jour un poste plus reposant, que deviennent-elles ? Leur dette à elle, c'est la dette du sommeil, de la vie de famille. Ah ça, tu l'aimes la famille, François, hein, tu l'aimes ! mais pas la leur, tu aimes la famille des gens bien nés, pas des manants qui tiendront ta sonde urinaire quand tu iras de mal en <em>pee</em>.</p> <p>Réfléchis bien, citoyen, quand tu iras voter pour lui, réfléchis. La prochaine fois que tu iras te faire soigner <em>et</em> rembourser par la sécurité sociale. La prochaine fois que tu accoucheras dans un hôpital public, la prochaine fois que le petit dernier devra aller aux urgences après s'être viandé en vélo. Souviens-toi, souviens-toi : François Fillon ne te veut pas de mal... Il ne veut juste pas qu'on te soigne. Il te préfère en mauvaise santé, parce qu'en mauvaise santé, tu n'es pas de la <strong>dette</strong>. En mauvaise santé, tu te rapproches de la tombe ; en mauvaise santé, tu deviens une ligne de moins dans son sacro-saint livre de comptes.</p> <p>Tu n'es pas malade, tu <strong>incarnes</strong> la dette. Si tu es en bonne santé, grand bien te fasse ! Alléluia ! tu vas pouvoir produire encore et toujours, pour alimenter grassement sa balance commerciale adorée, celle sur laquelle il se paie. Mais ne tombe pas malade ! Erreur ! Alerte ! Malade tu deviens pestiféré. Un gros compteur flotte au-dessus de ta tête avec ce que tu <em>coûtes</em>. Mais ce grand compteur, où était-il quand tu <em>rapportais</em> ?</p> <p>Regarde qui tu es pour lui <strong>REGARDE</strong> ! tu es du <strong>PASSIF</strong> ! Tu n'es même pas humain, tu n'est qu'une suite de sommes d'argent.</p> <p>C'est tellement <strong>IGNOBLE</strong> d'ignorer ce qu'une personne en bonne santé, qui a le moral, qui ne s'en fait pas pour son avenir ou celui de ses proches, peut faire pour le pays et le monde entier. Où est-elle, cette statistique, dans l'esprit de ce candidat abject et détaché de toute humanité ? Quand on est heureux on produit plus, on consomme, on vit, on aide, on ouvre sa porte et ses oreilles aux rumeurs du monde. On arrête de penser à ces gros nuages noirs comme des menaces, on voit derrière eux les scintillements des étoiles et les cieux plus hauts, bien plus hauts que ces chiffres imbéciles qui remplissent les colonnes débit/crédit, froides, ineptes, grises.</p> <p>Prie ! Prie ton dieu ! prie autant que tu peux, au moment du jugement dernier auquel tu crois, de quel côté penses-tu qu'il mettra ton livre de compte ?</p>Bruno BordSun, 26 Mar 2017 22:29:00 +0200tag:,2017-03-26:blog/fr/2017/03/26/je-suis-la-dette/politiquetévérâlageJe me souviens/blog/fr/2016/06/17/je-me-souviens/<p>J'ai quarante-deux ans.</p> <p>Je me souviens que j'étais dans le Nord de l'<strong>Islande</strong>, à Akureyri, le jour de la fête nationale, il y a deux ans.</p> <p>Je me souviens la première fois qu'on m'a dit <em>"mais... mais... tu es un <strong>geek</strong> !"</em> et que je n'ai pas voulu le croire.</p> <p>Je me souviens de l'époque où je publiais plusieurs articles par jour sur Je Hais Le Printemps, des centaines par mois. Le temps où j'étais malheureux comme les pierres, au chômage, entouré d'amis mais seul. J'avais du temps.</p> <p>Je me souviens les blogs, Lugradio, Slashdot que j'épluchais, la frénésie d'avoir réussi à coder un moteur de blog perso en moins de 5 jours et en PHP. Je me souviens d'avoir fait trois fois le tutorial Python sans comprendre à quel point ce langage allait changer ma vie et me guérir des troubles musculo-squelettiques.</p> <p>Je me souviens d'avoir rencontré les amis de l'Internet. D'avoir été comblé par leur immense <strong>humanité</strong>.</p> <p>Je me souviens de ma première session en quads. Je me souviens du Mans, la soirée de la veille où je titubais, totalement imbibé au rhum-coco, d'avoir veillé 24h.</p> <p>Je me souviens de ma première crise d'allergie.</p> <p>Je me souviens de mon arrivée à Bayonne, et que je me perdais souvent, parfois exprès, dans ces rues étroites et désertes et que j'aimais ça.</p> <p>Je me souviens de <strong>Jupiter</strong> et sa tempête tropicale, du quintet de Stephan au 200mm et des pléïades aux jumelles, du froid qui prend jusqu'aux os et du jambon / café à 6h du mat'. Je me souviens des étoiles doubles et du terminateur lunaire. <strong>Albireo</strong>.</p> <p>Je me souviens de mes premiers boulots sur Bordeaux, la SSII et la BPSO. Des <strong>larmes</strong>.</p> <p>Je me souviens de mon éclat de rire en lisant sur la couverture noire d'un roman en plein milieu du Virgin Megastore de la place Gambetta, à Bordeaux : "Spinoza encule Hégel". Les Poulpes, les Instantanés de Polar, les Canaille/Revolver, les Pratchett, les Ken Bruen, les Tolkien, les Pouy, les Asimov, l'OuLiPo, les K. Dick, les Ayerdhal, les Bordage, les Mizio, les Larcenet, les Otomo Katsuhiro.</p> <p>Je me souviens ma première pinte de <strong>Guinness</strong>, que Jérôme avait dû finir, parce qu'à l'époque je n'avais pas réussi à vaincre son amertume. Le <em>Dick Turpin's</em>, rue du Loup, les toilettes qui sentaient la pierre et le patron qui tirait deux pintes avant même qu'on aie le temps de s'asseoir ; le Kaova où nous prenions un café et un capuccino en refaisant le monde un milliard de fois. Je me souviens du <em>Connemara Irish Pub</em>, et du patron qu'on soupçonnait d'être un leprechaun, des serveuses qu'on soupçonnait être des fées.</p> <p>Je me souviens... le sourire niais de l'accordéoniste.</p> <p>Je me souviens du premier <strong>e-mail</strong> que j'ai envoyé. De l'arrivée des terminaux graphiques dans l'IUT. 256 nuances de gris. Les Pogols et les Zunix.</p> <p>Je me souviens du What A Fair Foot Big Boxon Band Quartet. Tout <strong>à fond</strong>.</p> <p>Je me souviens avoir lancé un dé 100. Je me souviens de Star Wars et l'Oeil Noir, JRTM et Shadowrun. Je me souviens que la conception des persos était toujours trop longue. Je me souviens de Malienda.</p> <p>Je me souviens de ma découverte du Métal. Je me souviens quand j'ai entendu Nirvana pour la première fois. Je me souviens comment j'ai appris la mort de Cobain. Je me souviens de la mort de Layne Stayley. Je me souviens de la mort de Jeff Buckley. Je me souviens de la mort de Johnny Cash.</p> <p>Je me souviens des mini-discs, des cassettes, des 45 tours, des walkmans, du premier magnétoscope à la maison.</p> <p>Je me souviens de l'arrivée de la 3, d'Ulysse 31 et d'Albator, de Capitaine Flam et de San-Ku-Kai.</p> <p>Je me souviens d'avoir lu un livre dans la voiture, au retour du supermarché, que j'ai terminé avant d'être rentré à la maison.</p> <p>Je me souviens des parties de foot qui duraient du matin au soir, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus y voir. Je me souviens de Séville en 82. Je me souviens de l'Euro 84.</p> <p>Je me souviens que je pleurais beaucoup, enfant. Je ne pleure plus.</p> <p>Je me souviens du goût de la crème Jock, amoureusement préparée par notre mère. Je me souviens de l'odeur du tabac à pipe de mon père.</p> <p>Je me souviens mon lapin orange. Je me souviens que tout était orange : mon lit à barreaux, ma serviette, mes pyjamas, le papier peint.</p> <p>Je me souviens le jour où j'ai rencontré Bénédicte et qu'elle m'avait à peine regardé alors que je lui expliquais le fonctionnement de l'asso de roller. Je me souviens la naissance de Raphaëlle, en fin d'après-midi, j'avais eu mal à la tête. La naissance d'Étienne, le temps m'était apparu plus long. La naissance d'Alix, un soir de Derby à Jean-Dauger.</p> <p>Je me souviens de la Réponse à la Grande Question de la Vie, de l'Univers et du Reste.</p>Bruno BordFri, 17 Jun 2016 08:30:00 +0200tag:,2016-06-17:blog/fr/2016/06/17/je-me-souviens/feuqueleupr'1taonTrouver chaussure à son dé/blog/fr/2016/02/02/trouver-chaussure-a-son-de/<p>Le financement participatif dans le domaine de l'édition de jeu de rôles en français semble vivre une époque frénétique ; il suffit de voir les éblouissants débuts des campagnes de <a href="http://www.black-book-editions.fr/crowdfunding-30.html">Héros &amp; Dragons</a>, <a href="http://fr.ulule.com/dragons-5e/">Dragons</a> (plus de 200kEUR à elles deux !!!), <a href="http://fr.ulule.com/dungeon-world-2e/">Dungeon World</a> ou <a href="http://fr.ulule.com/sweepers-inc/">Sweepers Inc.</a>.</p> <p>Et je ne te parle même pas de <a href="http://fr.ulule.com/fu-jeuderoles/">FU RPG</a>, grand succès de l'année dernière.</p> <p>Il semble que le rôliste lycéen de jadis ait grandi, se soit fait une situation, un salaire confortable, se soit acheté une bibliothèque en bois d'arbre chez un antiquaire renommé et éprouve à présent l'envie de la remplir. Visiblement, les éditeurs de tous poils ont bien compris que la nostalgie peut venir à bout de la froide raison et ouvrir les vannes de cette prodigieuse machine à rêver.</p> <blockquote> <p>Oh, chic alors, ce que j'ai vécu dans les années 80/90 était tellement beau que je brûle de me ruiner en achetant des éditions en papier glacé à 130 EUR, tout en sachant qu'il y a peu de chances pour que je retrouve dans cet opus le souffle épique de mon adolescence boutonneuse, tout simplement parce qu'à présent que j'ai basculé dans le camp des quadras, mon taux d'hormones a chuté autant que mes cheveux.</p> </blockquote> <p>Complètement désintégrée, la <em>"ménagère de moins de 50 ans"</em>... maintenant, le coeur de cible, c'est quadra nostalgeek, celui qui a tant souffert d'avoir été l'intello dénigré par ses pairs et qui possède un pouvoir d'achat sur lequel les éditeurs comptent bien pour assurer leur pérennité.</p> <p>Alors comme il n'y a pas de raison que je m'abstienne de mettre du beurre (de marque) dans mes épinards (du marché bio), je me demande si par hasard ce ne serait pas une bonne idée de lancer moi-même ma campagne de financement participatif.</p> <p>Voici donc le pré-lancement de la pré-vente de l'édition <strong>papier</strong> en <strong>français</strong> du jeu acclamé par la critique : <a href="http://story-games.com/forums/discussion/11348/microdungeons-i-roll-to-see-if-i-have-shoes-on/p1"><strong>Roll For Shoes</strong></a>.</p> <p>Ce jeu de rôle <strong>universel</strong>, voire <strong>multiversel</strong> aux règles <strong>simples</strong> et <strong>fluides</strong>, qui se met au service de la <strong>narration</strong> tout en restant <strong>ludique</strong> a déjà fait le tour du monde et satisfait des <strong>millions</strong> de joueurs.</p> <p>Pour démarrer une partie, il suffit de réunir quelques amis autour d'un pack de bières et de se munir d'une poignée de dés à 6 faces et vous pouvez partir à l'aventure dans n'importe quel univers : S.F., cyberpunk, médiéval-fantastique, horreur ou dark fantasy.</p> <p>Mais il manquait une version en français, aussi, nous proposons de publier cette traduction courant de l'année 2016.</p> <p>Les détails de cette campagne sont encore à définir, mais voici quelques idées de départ :</p> <ul> <li>Pas moins d'<strong>une page</strong> de règles du jeu,</li> <li>Une édition <em>normale</em> au format A4, avec une illustration en N&amp;B,</li> <li>Une édition <strong>de luxe</strong> sur papier glacé avec une couverture en vraie peau de zébu abattu à la pleine lune par une balle en argent massif gravée aux initiales de Gary Gygax. Au moins <strong>trois</strong> illustrations, composées avec soin <strong>en couleurs</strong> par trois dessinateurs de renom appartenant à ma famille, à savoir mes 3 enfants,</li> <li>Chaque édition (de base ou de luxe) serait <strong>unique</strong> et <strong>numérotée</strong>, étant donné que les illustrations seraient personnalisées pour chaque souscripteur,</li> <li>Un accès permanent et irrévocable au sources du document original, c'est à dire un fichier texte d'environ 900 octets, afin que vous puissiez produire une édition à votre convenance.</li> </ul> <p>Je pense que le prix de l'ouvrage avoisinera les 90 EUR pour l'édition simple et 300 EUR pour l'édition de luxe.</p> <p>Pour que l'ouvrage arrive jusqu'à votre porte, le plus simple serait de m'envoyer une enveloppe timbrée à votre adresse et la poste se chargera du reste.</p> <p>Plus de détails dès que la Bank of The Scarecrow aux Îles Caïmans aura validé l'ouverture de mon compte.</p>Bruno BordTue, 02 Feb 2016 22:17:00 +0100tag:,2016-02-02:blog/fr/2016/02/02/trouver-chaussure-a-son-de/râlageDes jeux, des jeux ! (II)/blog/fr/2015/08/19/des-jeux-des-jeux-ii/<p><a href="http://jehaisleprintemps.net/blog/fr/2015/08/02/des-jeux-des-jeux-i/">La première partie se trouve ici</a></p> <p>Des jeux que j'estime <em>importants</em> sont arrivés dans ma ludothèque :</p> <ul> <li><a href="http://explodingkittens.com/">Exploding Kittens</a> : le jeu qui a fait l'ultra-buzz sur Kickstarter au printemps dernier. Les auteurs pensaient en vendre 200 ou 400, ils ont quasiment vendu 219 000 exemplaires en prévente en un mois de campagne. Campagne la plus rapide à être financée, campagne la plus rentable, campagne avec le plus de contributeur... Le mélange "fan de <em>The Oatmeal</em>" + chatons des Internets qui explosent a pulvérisé les records. Le jeu n'est peut-être pas révolutionnaire, mais il est assez fun. J'arrive à m'amuser, même si jusqu'à présent, j'explose en premier avec une régularité qui m'épate (d'habitude, si je paume, c'est parce que je joue mal ; là, on dirait de la malchance manifeste).</li> <li><a href="http://www.meeplesource.com/proddetail.php?prod=CoinAge">Coin Age</a> : un jeu qui tient dans la main (toujours ma quête des jeux minimalistes). C'est un jeu dont le plateau est de la taille d'une carte de crédit. Pour deux joueurs, assez stratégique, mais avec des règles vraiment simples - les parties sont ultra-rapides, dynamiques... Si le plateau t'ennuie, tu peux en changer en un clin d'oeil. Et si les quelques plateaux fournis avec le jeu sont pas assez nombreux, hop ! rien ne t'empêche d'en fabriquer d'autres sur le même format. Print'n'play. Bon, faut quand même avouer... je me suis fait plaisir, c'était pour mon anniversaire : les frais de ports reviennent à multiplier le prix du jeu par trois.</li> <li><a href="http://www.edgeent.com/jeux/article/fluxx/fluxx">Fluxx</a> : le jeu dont les règles peuvent changer à tout moment. Ce jeu de cartes existe depuis les années 90 en anglais mais il a fallu attendre 2015 pour le voir débarquer en France et en français. Chaque carte jouée peut à tout moment changer les règles : l'objectif, les actions possibles, l'organisation des tours de jeu... le jeu est sans cesse renouvelé, aucune partie ne ressemble à une autre. On peut gagner en quelques secondes comme attendre 30mn avant que tout se débloque. On peut même faire gagner un adversaire malgré soi, parce que les règles imposent de jouer toutes ses cartes et qu'une d'entre elles donne la victoire à un autre joueur. C'est un des jeux les plus <em>geeks</em> que je connaisse.</li> <li><a href="http://www.iello.fr/iello/Nos-produits/Jeux-de-societe/IELLO/Huit-Minutes-pour-un-Empire">Huit minutes pour un empire</a> : jeu de plateau / conquête / ressources sans les céphalées. J'avoue que je suis assez rétif aux jeux "à ressources". J'ai toujours l'impression de résoudre un exo de comptabilité et ça m'étonne qu'on puisse trouver ça amusant. <em>Huit Minutes pour un Empire</em>, c'est exactement ce qui me fallait : sur chaque carte, on a à la fois une ressource et une action à effectuer pour gérer ses troupes sur le plateau. Ça ne se joue probablement pas en huit minutes, y'a un moment où on doit réfléchir.</li> </ul> <p><strong>Bonus</strong> : au moment où j'écris cet article, une campagne de financement est en cours pour un jeu <strong>encore plus petit</strong> que Coin Age : <a href="https://www.kickstarter.com/projects/subquark/mint-tin-mini-apocalypse">Mint Tin Mini Apocalypse</a> - la quête du jeu de plateau le plus petit du monde n'est pas achevée. La société Subquark a pour habitude de proposer des jeux qui tiennent dans des boîtes pour bonbons à la menthe ; le challenge ici est encore plus démentiel : la boîte fait trois centimètres sur deux environ. J'aime beaucoup l'état d'esprit du créateur du jeu, qui "ouvre" son jeu aux variantes (solo, coopératif, règles à trois joueurs, tour par tour au lieu de jouer en simultanée, etc). <a href="https://www.lillojeux.ca/critique-jeu-mint-tin-mini-apocalypse/">Cette critique du jeu</a> (basée sur un prototype) a achevé de me convaincre : j'espère bien que ce petit jeu débarquera dans ma boîte aux lettres avant la fin de l'année.</p>Bruno BordWed, 19 Aug 2015 22:17:00 +0200tag:,2015-08-19:blog/fr/2015/08/19/des-jeux-des-jeux-ii/litteratureinformatiquewebDes jeux, des jeux ! (I)/blog/fr/2015/08/02/des-jeux-des-jeux-i/<p>Les derniers mois ont été placés sous le signe du ludique, du jeu, de la retombée en enfance (qui a dit nostalgie ?)...</p> <p><small>Y'en a tellement que ce sera une série de deux articles.</small></p> <p>Commençons par <a href="http://freeformuniversal.com/">FU</a>. Il y a quelques mois de cela, je <em>re</em>-découvrais le jeu de rôles FU, publié sous licence libre (CC-BY). J'avais téléchargé le PDF et lu, puis relu, puis remis sur la pile des "jeux qui sont vachement bien, mais bon, y'en a sûrement d'autres".</p> <p>Et en le redécouvrant, je me suis surpris à <strong>vraiment</strong> apprécier ce petit morceau de bravoure : en quelques pages, Nathan Russel détaille toute une palette de conseils sur le jeu de rôle en général, comment démarrer une partie, quelles sont les questions à poser et à <strong>se</strong> poser pour que toutes les personnes autour d'une table prennent plaisir à jouer. Tout y est limpide, didactique, et probablement applicable à tous les jeux, qu'ils soient narratifs ou pas. La base de tout, c'est le dialogue : tout part d'une discussion, d'un échange entre le Narrateur et les joueurs ou même entre les joueurs. Cette priorité au dialogue et la "marque de fabrique" de FU.</p> <p>Ensuite, le système de résolution de FU est d'une simplicité et d'une élégance stupéfiante : les avantages et les obstacles s'équilibrent, on jette les dés en posant une question fermée (oui ou non) et on interprète les résultats en un clin d'oeil. Parce que c'est le joueur qui choisit la question, cela ouvre la porte à la simplification ou une plus grande densité ; les questions "est-ce que je tue mon ennemi ?" ou "est-ce que je remporte le combat ?" sont en apparence similaires, mais en fonction du résultat des dés, peuvent occasionner une issue complètement différente et un rebondissement dans l'action qui pourra surprendre les joueurs et/ou le meneur.</p> <p>Pour toutes ces raisons et pour d'autres encore, j'avais entrepris de traduire FU en français. La licence CC me le permettait déjà, sans avoir besoin de demander à l'auteur. Ayant fini, j'ai publié cette traduction via <a href="https://www.gitbook.com/book/brunobord/fu-rpg-libre-et-universel/details">gitbook</a>, laissé le code source disponible sur <a href="https://github.com/brunobord/fu-rpg-libre-et-universel">Github</a>. Gitbook est un service assez remarquable, puisqu'il permet, en un tournemain, de transformer une suite de documents <a href="http://commonmark.org/">Markdown</a> en format HTML, PDF, ePub, mobi. Le résultat était plus que satisfaisant en ce qui me concernait. J'ai publié sur quelques forums et twitter le résultat de mes travaux, en demandant aux relecteurs de me renvoyer leurs corrections.</p> <p>Quelle ne fut pas ma surprise d'être contacté par <a href="http://editionsstellamaris.blogspot.fr/">Michel Chevalier, des éditions Stellamaris</a>, qui me proposait de publier FU RPG en version française, en vrai morceau d'arbre mort. Après quelques hésitations, le projet fut lancé <a href="http://fr.ulule.com/fu-jeuderoles/">sur la plateforme Ulule</a> et couronné de succès : 153 contributeurs ont souscrit au moins un exemplaire du livre, qui sera imprimé courant 2016.</p> <hr /> <p>Un concours avec comme contrainte d'écrire un jeu de rôle en moins de 200 mots <a href="http://schirduans.com/david/2015/04/200-word-rpg-challenge.html">avait été lancé par David Shirudans</a> au mois d'avril dernier. Quelques propositions étaient proprement stupéfiantes. En mon for intérieur, je me demandais si c'était possible en français. Je balayais rapidement cette hypothèse.</p> <p>Et au mois de juin, badaboum, le site <a href="http://scriiipt.com/2015/06/les-jeux-du-concours-il-etait-une-fois-un-petit-jeu-de-role/">Scriiipt</a> mettait justement en route un concours similaire : écrire un jeu de rôle complet, en français, en moins de 250 mots. Ça a dû faire chtak-boum là-dedans, puisque je me suis lancé rapidement dans l'écriture de ce qui deviendra <a href="http://troll.jehaisleprintemps.net/">jeu d'troll</a>. En 248 mots, j'avais composé cette petite bravade ; un jeu sans dés, "mono-classe" puisque tous les personnages sont des trolls, donc bêtes et méchants, avec un vocabulaire limité, une arithmétique poussive et uniquement aptes à taper et se mouvoir.</p> <p>Ça m'avait fait bien marrer de l'écrire, de rogner où c'était possible pour gagner quelques mots, de rajouter des éléments de background, etc. La concision est une contrainte et l'écriture à contraintes, ça me fait toujours frétiller. Bien sûr, en moins de 250 mots, pas facile de faire un colophon :</p> <ul> <li>si le jeu est écrit en "langue troll", c'est pour plusieurs raisons. Premièrement, ça donne de l'ambiance (et l'ambiance, c'est capital pour ce genre de jeux, il me semble). J'ai probablement été inspiré par <a href="http://zapti.free.fr/pirates/">Pirates !</a>, dont les règles sont écrites dans un style détendu et "comme si j'étais un pirate". Pour <em>jeu d'troll</em>, j'ai appliqué le même principe : c'est un troll qui explique les règles. Ensuite... j'ai presque honte de le dire, mais écrire en langue troll m'a fait gagner des <strong>dizaines</strong> de mots sur le décompte final. S'il avait fallu écrire dans un français impeccable, le jeu aurait certainement fait le double de sa taille actuelle.</li> <li>La mécanique "diceless" est un peu livrée au pifomètre, le nombre de pierres de départ (4) ; elle est vaguement inspirée de <a href="http://www.onesevendesign.com/ladyblackbird/">Lady Blackbird</a>. Dans ce jeu de John Harper, chaque fois qu'un jet est un échec, le joueur gagne un dé supplémentaire ; et à chaque réussite, les dés qu'il a engagé sont défaussés. Ça crée une sorte de déséquilibre permanent : un personnage qui réussit aura d'autant plus de chances d'échouer, alors qu'un poissard aux dés aura de plus en plus de chances de réussir les fois suivantes. Dans <em>jeu d'troll</em>, le joueur qui réussit ne perd qu'une pierre et n'en gagne qu'une en cas de réussite. Cette partie est à la fois le côté le plus "zen" du jeu et en même temps mon gros point de doute : est-ce que c'est jouable ? est-ce que l'équilibre est suffisant entre l'échec et la réussite pour que les joueurs ne soient pas écrasés par le système de résolution ?</li> <li>Autre point très noir : l'absence totale d'illustration. Mais je suis un gros manche en dessin et je ne me sentais pas du tout capable d'illustrer et correctement mettre en page le jeu avec des encadrés, etc.</li> <li>Il a été très gentiment relu par Sobe TBT, Pak Cormier, Jean-Michel Armand. Leur soutien et leurs suggestions ont été extrêmement utiles, qu'ils en soient remerciés.</li> </ul> <p>Je profitai d'un petit éclair d'inspiration supplémentaire pour soumettre un second jeu : <a href="http://stagiaires.jehaisleprintemps.net/">Stagiaires</a>. Beaucoup plus cynique, un peu classique. J'étais assez satisfait de moi, mais quand même beaucoup moins que pour <em>jeu d'troll</em>.</p> <p>Et puis... le concours était clos. Près de 80 propositions avaient été envoyées, certaines me faisaient verdir de jalousie. Les résultats se firent attendre. Et, jeudi dernier... <a href="http://scriiipt.com/2015/08/jeu-dtroll-le-troisieme-laureat-du-concours-il-etait-une-fois-un-petit-jeu-de-role/">il s'est avéré que <em>jeu d'troll</em> avait le troisième prix !</a> !</p> <p>Je suis hyper-content. Cette troisième place me conforte dans mon intuition : <em>jeu d'troll</em> a un potentiel. Dans la constellation <em>jeu d'troll</em>, on trouve :</p> <ul> <li><a href="http://troll.jehaisleprintemps.net/">le site "officiel"</a>, avec la dernière version,</li> <li><a href="https://github.com/brunobord/jeu-d-troll">le code source est disponible sur Github</a>. C'est d'ailleurs un canal d'information sur lequel tout un chacun peut m'adresser ses remarques, suggestions et encouragements,</li> <li>On peut suivre <a href="https://twitter.com/jeutroll">le compte twitter @jeutroll</a>,</li> <li>On peut aussi m'envoyer un e-mail à bruno+troll arobase jehaisleprintemps poing net,</li> <li>J'ai entamé une extension, appelée <em>re-troll</em>, elle est disponible sur le site, et nécessite sûrement des améliorations (règles supplémentaires optionnelles, suggestions... pour me contacter, voir ci-dessus).</li> </ul> <p>Si j'avais un souhait : ce serait que des rôlistes s'emparent de ce JDR, y jouent et veuillent bien me faire toutes les remarques qu'ils estimeront nécessaires.</p>Bruno BordSun, 02 Aug 2015 23:46:00 +0200tag:,2015-08-02:blog/fr/2015/08/02/des-jeux-des-jeux-i/litteratureinformatiquewebQuarante et un/blog/fr/2015/06/17/quarante-et-un/<p>Quarante-et-un.</p>Bruno BordWed, 17 Jun 2015 08:30:56 +0200tag:,2015-06-17:blog/fr/2015/06/17/quarante-et-un/feuqueleupr'1taonAgur Jauna/blog/fr/2015/06/16/agur-jauna/<p><em>ceci est la retranscription du discours que j'ai tenu dimanche 14 juin 2015, pendant la fête organisée pour le départ en retraite de mon père, Michel Bord, médecin généraliste, établi à Saint-Caprais de Bordeaux (33) depuis janvier 1976.</em></p> <p><strong>Agur Jauna !</strong></p> <p>Ou, comme on dit en bon français, "Bonjour, <em>Monsieur</em>" ; en Basque, "Jauna", ce n'est pas un Monsieur comme les autres, c'est <em>le</em> Monsieur.</p> <p>Mesdames et Messieurs, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. La mauvaise nouvelle, c'est que le Docteur Bord prend sa retraite, et qu'en conséquence, il ne vous soignera plus.</p> <p>La bonne... je me permets de la garder pour la fin, si vous le permettez.</p> <p>Je connais mon père depuis toujours. <em>tousse</em>. Euh, oui, enfin bon, c'est mon père. Et depuis que je suis en âge de <em>réfléchir</em>, j'éprouve la plus grande admiration pour lui. Je pense qu'il n'y a pas un jour où mon père m'aura déçu.</p> <p>Il vous a toujours dit la vérité, sans mensonges, sans faux-fuyant. Même si cette vérité était douloureuse, même si vouliez qu'elle soit tue.</p> <p>Il vous a toujours soigné, du mieux qu'il a pu, en pensant à vous <em>avant tout</em>. Il n'a pas fait que soigner le symptôme ; je pense que beaucoup ici savent de quoi je parle. Il a pris du temps pour vous écouter, pour voir la personne dans son ensemble et comprendre que quand le corps s'exprime, c'est qu'il parle parfois à la place de l'esprit. Il a été votre confident. Le <em>confident</em>, c'est celui qui inspire <em>confiance</em>. Il vous a parlé. Il vous a conseillé. Peut-être qu'il a profondément changé ce que vous êtes, le cours de votre vie.</p> <p>Il n'a jamais fermé sa porte à quiconque. Toute personne se présentant (parfois bien après l'heure supposée de fermeture) a été prise en charge. Les grands soirs d'hiver au coeur des épidémies, à 22h... 22h30... oui, 22h30, à l'heure où tout le monde a mangé, où le film du soir est presque fini... il était là, à ausculter, prescrire, inlassablement.</p> <p>Je me souviens. Les dimanches. Il tondait la pelouse, en blue-jean et t-shirt sale. Accourait un dirigeant de club de foot. Il laissait tout en plan. Et il allait au stade, soigner l'entorse, la fracture, la plaie.</p> <p>Le téléphone sonnait. La nuit, parfois. Il sautait de son lit, et fonçait. Au lendemain matin, notre mère nous demandait "t'as pas été réveillé par le téléphone ?".</p> <p>Je vous rassure, non, jamais. Le téléphone ne nous a jamais dérangé.</p> <p>Et quand bien même il serait allé résoudre les soucis de ses patients en pleine nuit, il était prêt, à 8h00, pour vous. Malgré la fatigue.</p> <p>Au courage.</p> <p>Mon père, ce héros.</p> <p>Et pour cela, je lui en ai <strong>voulu</strong>. Je <strong>vous</strong> en ai voulu. Enfant, je comprenais mal qu'il passe plus de temps avec vous qu'avec moi et ma soeur. Je lui en ai voulu que, sa consultation terminée, il passe encore des heures à faire sa comptabilité (parfois en traitant son ordinateur de noms d'oiseaux).</p> <p>Les moments calmes en sa compagnie ont été rares. J'en ai peu de souvenirs. C'était difficile, pour l'enfant que j'étais.</p> <p>Mais maintenant j'ai compris. Il se devait d'agir ainsi, parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Il <em>devait</em> le faire parce que ses valeurs le lui dictaient. Parce que sa philosophie, du début de sa carrière à maintenant, l'obligeait à être irréprochable.</p> <p>À cause de cela, il a toujours pu se regarder dans un miroir, tous les jours.</p> <p>Pour dresser un portrait relativement complet... Michel Bord est quatre personnes à la fois. Le médecin. Le notable. Le père. Le grand-père.</p> <p>Le médecin prend sa retraite aujourd'hui. Il raccroche son stéthoscope. Il peut être fier de ce qu'il a fait, durant ces presque quarante années.</p> <p>Mais notable, il l'est encore. Peut-être que vous aurez la chance de discuter avec lui de choses et d'autres et vous pourrez prendre conseil. C'est un sage... Mais je pense qu'il est inutile de le préciser : pas question d'essayer de le faire entrer sur votre liste pour les prochaines municipales. D'abord parce que ma mère ne vous laissera jamais faire, et ensuite parce qu'il n'a pas besoin de se présenter pour savoir qu'il serait élu de toute manière.</p> <p>C'est mon père. Il est évident qu'il le restera. Symboliquement, je me permettrai, après ce discours, de lui remettre ce Makhila, ce bâton de marche traditionnel du Pays Basque, objet honorifique, sur lequel est inscrite sa devise : <em>"Gizateriaren katemail txikia"</em>... pas besoin de vous traduire, n'est-ce pas ?...</p> <p>Quant au grand-père... Savez-vous ce que ma fille aînée, Raphaëlle, a dit quand on a fini de lui expliquer que "Papichel" allait être à la retraite ?</p> <blockquote> <p>Oh mais c'est trop bien, il aura plus de temps pour jouer avec nous !</p> </blockquote> <p>Alors, Mesdames, Messieurs, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.</p> <p>La mauvaise nouvelle, c'est que le Docteur Bord prend sa retraite. La bonne, c'est que Papichel commence une nouvelle carrière.</p>Bruno BordTue, 16 Jun 2015 23:02:00 +0200tag:,2015-06-16:blog/fr/2015/06/16/agur-jauna/au pifTomates/blog/fr/2015/05/31/tomates/<p>Nous revenions de <a href="http://sudweb.fr/2015">Sudweb</a>. Une splendide édition Montpelliéraine, dont je revenais gonflé à bloc, enthousiasmé, encore un peu grisé par les deux jours d'un événement d'un grand niveau.</p> <p>Et en remportant les valises... L'indicible. Notre jardin comporte un potager miniature, minuscule, quatre malheureuses pousses de fraise, trois framboisiers et cinq pieds de tomate. Ils étaient timides, on apercevait de toutes petites boules vertes, promesses de dégustation gourmandes. Sur les cinq plants, trois manquaient.</p> <p>Les tuteurs étaient encore là. Les ficelles qui tenaient les plants aux tuteurs étaient détachées. La terre autour des tuteurs avait été remise, comme si rien n'avait poussé à cet endroit, proprement, avec soin. Ce n'est donc pas une tornade ou une dévastation d'un animal nuisible (quoique).</p> <p>Un vol.</p> <p>On nous a <strong>volé</strong> trois pieds de tomate, dans notre jardin, pendant notre absence.</p> <p>Depuis, je n'arrive plus à penser. Je bloque. Je n'arrive pas à intégrer quel esprit malade peut aller jusqu'à cette extrêmité. Qu'on vole des choses "de valeur", c'est mal, mais j'arrive à comprendre. Y'a un business, derrière, y'a un profit, on y gagne quelque chose de matériellement mesurable. Mais des pieds de tomate... Trois ridicules pieds de tomate. Pas de quoi nourrir une famille nécessiteuse, pas de quoi revendre le fruit du larcin sur un marché. Ces pieds ne sont même pas des éléments décoratifs...</p> <p>C'est mesquin, c'est minable, c'est sordide.</p> <p>Alors tu me diras, trois petits plants de tomate, c'est quand même pas mort d'homme. Ça coûte effectivement une poignée d'euro, ça se remplace, tout ceci n'est pas si <em>grave</em>.</p> <p>Je te réponds par un détail que tu ignores : tu ne sais pas qui a planté ces pieds de tomate. Qui a <em>vu</em> que ces trois pieds manquaient à l'appel en descendant de la voiture.</p> <p>Ma fille aînée et mon fils.</p> <p>Raphaëlle voulait aller voir "si les tomates avaient poussé" pendant le week-end. <em>Ses</em> tomates. Celles qu'elle a planté et que son frère avait arrosé.</p> <p>Le regard qu'elle avait quand elle m'a dit qu'elles avaient disparu. Quand je ferme les yeux, je le vois encore.</p> <p>J'espère que ce voleur emportera ce regard en Enfer.</p>Bruno BordSun, 31 May 2015 23:30:00 +0200tag:,2015-05-31:blog/fr/2015/05/31/tomates/râlageLa Mort, ce mâle nécessaire/blog/fr/2015/03/19/la-mort-ce-male-necessaire/<p>Je ne pensais pas que la mort d'une personne dont je ne connaissais qu'à peine le visage, n'avais jamais entendu la voix, que je n'avais jamais vu "en vrai" m'aurait autant touché.</p> <p>Quand sur le channel IRC <code>#lugradio</code> quelqu'un a annoncé la mort de Terry Pratchett, j'ai pris comme un coup au ventre, violent. Je me suis rué sur Twitter et j'ai eu la confirmation.</p> <p>J'ai été dévasté. J'ai explosé en sanglots, comme un môme. Un flot de larmes continu, incapable de faire quoi que ce soit d'autre que de jurer et échouer lamentablement dans ma tentative de conserver <em>la lèvre supérieure rigide</em>.</p> <p>Une loque.</p> <p>Et à chaque détour d'un lien qui pointait vers un article, une vidéo, je repartais de plus belle. Même quelques temps après, en lisant ce que <a href="http://www.sungate.co.uk/?p=1145">Dave Ewart écrivait</a> à propos de son auteur favori, je me reprenais à sangloter.</p> <p>Voilà tout le poids de sa littérature. Si j'ai connu Pratchett sur le tard, vers 2008, son oeuvre a rapidement rempli les étagères de ma bibliothèque. J'achetais les éditions "poche" des <em>Annales du Disque-Monde</em>, trois par trois, et je les lisais, les dévorais au détriment de tous les autres ouvrages que j'avais sur ma pile de "à lire".</p> <p>À quel point Pratchett était-il différent ? À quel point la presque quarantaine d'ouvrages que j'ai lu m'a tellement marquée que le jour de sa mort, je n'étais plus qu'une flaque ?</p> <p>En termes <em>d'heroic fantasy</em>, j'avoue que je suis resté bloqué sur Tolkien. En termes de romans parodiques, c'est la trilogie en cinq volumes de Douglas Adams qui me vient en premier à l'esprit.</p> <p>Pratchett, si on le prend au premier degré, c'est un conteur <em>d'heroic-fantasy parodique</em>. Des histoires imbriquées, mêlées (loufoques, certes), mais incroyablement bien ficelées pour finalement te cueillir avant la fin, retournement de situation, le final... et <strong>après le final</strong>, une dernière pirouette sur le destin d'un des protagoniste, une virgule qui te re-cueille une dernière fois pour te laisser un sourire en coin à la fermeture du livre.</p> <p>Pratchett, c'est un constructeur. Partant d'un postulat étrange, <em>non-sensical</em>, il a construit un univers complet, cohérent (débile, mais cohérent). Un monde posé sur un disque, lui-même posé sur quatre éléphants géants, eux-même sur une tortue géante. Et un soleil dont la lumière paresse à la vitesse du son. De la magie, plus ou moins bien maîtrisée par des Mages à grand chapeau. Des nains, des trolls, des vampires et des loups-garous, des golems, des chevaliers et des barbares, des dragons... et des dieux, en quantité variable.</p> <p>Pratchett est un amuseur. Il a peuplé cet univers d'une foule innombrable de bras-cassés à côté desquels les Perceval et Karadoc de Kaamelott seraient pris pour le fruit d'une hybridation entre Chuck Norris, McGyver et Albert Einstein. Y'a bien que ça qui soit drôle, les histoires de bras-cassés, en fait. Entre le <em>Maje</em> incapable de jeter un sort et tout juste bon à fuir un danger pour plonger vers un autre, une troupe du Guet d'Ankh-Morpork dont certains membres ont du mal à prouver leur appartenance au genre humain, des sorcières spécialistes en <em>têtologie</em>...</p> <p>J'ai ri, ri, ri aux éclats en lisant les aventures du caporal Chicard et du sergent Côlon ; quand Rincevent tond un mouton en lui demandant s'il veut que ce soit bien dégagé derrière les oreilles ; quand les trolls jouent de la musique de Roc ; quand Planteur Je-Me-Tranche-La-Gorge vend ses hotdogs "l'expérience d'une vie"...</p> <p>Je ne te parle même pas des notes de bas de page. Ah ! ces notes de bas de page, il faudrait en faire une anthologie, tellement elles sont à la fois hilarantes et d'une profondeur inégalable.</p> <p>Car Pratchett est un philosophe. Il existe dans chacun de ses livres, peut-être dans chacun de ses chapitres une phrase définitive, d'une sagesse absolue, qui nous éclaire sur notre propre monde.</p> <blockquote> <p>Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé.</p> </blockquote> <p>De la même manière que le polar (qui est évidemment ma "tambouille"), son oeuvre est un prisme par lequel il aborde les sujets de la société actuelle ou l'Histoire, la politique, les sciences, les sujets de fond (le racisme ou la religion), rien ne lui a échappé. Et ça reste drôle. Et pertinent. Et profond.</p> <p>Pour toutes ces choses, pour cette immense oeuvre indémodable, pour tous les moments où j'ai explosé de rire au détour d'une phrase, pour m'avoir aidé à parcourir cet univers à la fois étranger, dans lequel <a href="http://www.theguardian.com/books/2015/mar/12/terry-pratchett-had-the-ability-to-make-everyone-feel-at-home-in-discworld">je me suis effectivement senti à la maison</a>, je salue bien bas l'homme au chapeau, le créateur de dizaines de rantanplans à deux pattes. J'attends avec impatience la sortie en poche des derniers volumes des <em>Annales</em>, des <em>Romans du Disque-Monde</em>. Je tâcherai de compléter ma collection, en sachant que celle-ci aura bien une fin. Inéluctablement. Il y aura le dernier Pratchett, celui qui sera le plus beau et le plus douloureux, celui que j'aurai du mal à fermer, celui que j'aurai du mal à ranger avec les autres.</p> <p>Et toi, lecteur, si tu n'as pas encore ouvert un livre de Terry Pratchett, je t'envie. Parce que tu as la chance de pouvoir vivre ce que j'ai vécu une fois : la rencontre d'un conteur, d'un amuseur, d'un philosophe, dans un univers à la fois absurde et cruellement réaliste, en compagnie de personnages aussi hilarants qu'attachants.</p> <p>Son nom restera vivant, aussi longtemps que possible, par ses écrits ou <a href="http://www.gnuterrypratchett.com/">par le réseau</a>.</p> <blockquote> <p>Le temps, c'est comme une drogue. À haute dose, il vous tue.</p> </blockquote>Bruno BordThu, 19 Mar 2015 23:21:00 +0100tag:,2015-03-19:blog/fr/2015/03/19/la-mort-ce-male-necessaire/littérature