Le roi de la canicule
Dim 01 mars 2026
La toute nouvelle médiathèque de Saint-Pierre d'Irube a ouvert ses portes à la plus grande joie de toute la famille et, si j'en crois ce qui se dit, de nombreuses autres familles de la commune. À la maison, on a de grands dévoreurs et dévoreuses de livres en tous genre ; surtout de la bande dessinée, mais les raids vers la médiathèque d'Anglet ont vu leur crépuscule. Là, on est à 10mn de marche du château de Lissague. C'est grand confort. Un lieu chargé d'histoire, un parc verdoy… enfin, pour l'instant pas trop verdoyant, il a beaucoup trop plu ces semaines passées pour qu'il soit praticable, mais enfin ; un parc immense, gardé par un féroce dragon.
On trouve déjà à Lizaga un ensemble très bien fourni de livres dans lesquels j'ai fait ma première petite moisson dès le jour de l'ouverture.
Je me suis dit que ce serait une bonne idée de rendre compte de mes découvertes. Donc, voici ma première "fiche de lecture".
Titre: Les prodigieuses aventures de Jörundur, roi de la canicule
Auteur: Einar Már Guðmundsson
Effectivement, me connaissant, quoi d'autre qu'un livre sur l'Islande, pas vrai ? Je n'en connaissais ni l'auteur, ni le sujet. La quatrième de couverture me parle d'un Danois excentrique qui aurait instauré un royaume en Islande le temps d'un court été, en 1809. Ah. Eh bien c'est étrange, mais allons-y.
Hélas, trois fois hélas ! Le sujet avait tout pour plaire. D'abord le personnage de Jørgen Jørgensen, aventurier fantasque et à la vie rocambolesque, qui croisa d'illustres explorateurs et se lia avec le Royaume-Uni avec une naïveté touchante. Ensuite, un sujet socio-politique : celui de la condition de vie des Islandais du début du XIXème siècle. La micro-révolution instillée par Jørgen et son règne d'à-peine deux mois aurait cependant planté une graine qui donnera ses fruits bien après : celle de l'indépendance vis à vis de la couronne Danoise.
Je m'intéresse à l'Islande depuis l'âge de mes 20 ans et voici qu'on me propose de découvrir une portion de son Histoire que je ne connais pas du tout ? Oh que c'est intéressant !
C'est donc tout émoustillé que je me plongeais dans ce roman. Dès le début, l'auteur nous invite à en savoir déjà beaucoup sur Jørgen Jørgensen, en répétant son titre de "roi de la canicule", d'aventurier, du fait qu'il aura exploré les océans en long en large et en travers, et même touché terre en Tasmanie, une fois en tant qu'explorateur et une autre en tant que prisonnier. C'est étrange de nous résumer à peu près tout ce qu'une fiche wikipedia pourrait fournir comme information dès le début, mais pourquoi pas. Et ensuite, ça se gâte.
Parce que, toutes les 3 pages, l'auteur nous redonne le pedigree de Jørgen Jørgensen. Nous redit ce qu'il va passer, nous divulgâche son passé, son présent et son avenir. Et au beau milieu d'un chapitre, on bascule sur l'histoire d'un écclesiastique, le pasteur Jón Steingrímsson, qui aurait miraculeusement arrêté l'éruption du mont Laki. Ah. Soit. Quel rapport ? A priori aucun — les aventures du pasteur en question commencent bien avant queJørgensen puisse partir à l'aventure — mais on pourrait imaginer qu'il y en ait un, plus tard… Et au beau milieu d'un autre chapitre, Einar nous la rejoue "sens-dessus-dessous" en repartant au début. Ou au milieu. Ou au futur. Ou peu importe. Et il nous rebalance des pistes sur ce qui devrait bientôt se passer dans un avenir proche, d'ici quelques pages… ah mais non en fait, on repart dans des descriptifs ou des anecdotes qui n'ont rien à voir.
Bon, tu me connais, je m'accroche. Un livre sur l'Islande, sur un sujet méconnu, ça titille, ça émoustille, je dois finir. Sur des centaines de pages, je me suis demandé si j'allais y arriver. Heureusement, au bout d'un moment, l'histoire principale (celle de Jørgen Jørgensen) se déroule à peu près chronologiquement, et on découvre enfin les circonstances qui ont amené ce Danois totalement Anglophile à déclencher une pseudo-révolution à l'encontre de son propre pays, le Danemark, pour devenir "Roi" avant de se faire reprendre par la patrouille, et de finir en Tasmanie, effectivement prisonnier. Mais quand bien même, les vingt dernières années de sa vie ont l'air bien plus mouvementées que les deux mois durant lesquels il "régna" sur l'Islande et le livre les aborde comme une chose banale, quelque chose qu'on dit entre deux pages.
Plusieurs fois pendant le roman, Einar Már évoque une personne qui a l'air intéressante. Ça dure un paragraphe et… et il conclut que "nous n'aurons pas l'occasion de reparler de cette personne". Grml.
Et le pasteur, me diras-tu ? Eh bien je te le donne en mille : au deux-tiers du roman, alors que le rapport entre Jørgen Jørgensen et Jón Steingrímsson n'a toujours pas été établi, l'auteur termine abruptement le récit des faits et gestes du pasteur.
L'embrouilla-méli-mélo-foutraque ad nauseam.
Bref, j'ai quand même réussi à aller jusqu'au bout de la lecture, mais je pense avoir mieux compris la vie et l'œuvre de Jørgen Jørgensen, en compulsant sa fiche wikipedia (en anglais), et mieux encore perçu à quel point, involontairement, du moins, il a pesé sur la psychée des Islandais, qui mettront encore plusieurs décennies à se détacher du Danemark, pour finalement prendre leur indépendance, célébrée tous les 17 juin depuis 1944.
J'ai été déçu, déçu, déçu. Mais bon, c'est pas grave, on peut pas gagner à tous les coups.
Ma prochaine lecture n'en sera que meilleure. Je t'en parlerai la prochaine fois, j'espère.